C'est ce que Francis Ford Coppola disait de son film à une conférence de presse au Festival de Cannes 1979, dont il devait remporter la palme d'or. La légende d'Apocalypse Now n'est plus à faire. C'est en partie en raison de ce film que Coppola a réalisé très peu de films par rapport à la durée de sa carrière : un tournage infernal suivi d'un an de montage. Apocalypse Now aura consommé et consumé toute la deuxième moitié des années 1970 de Coppola. Mais quel résultat : un poème visuel flamboyant qui prend d'emblée place au premier rang des plus grandes oeuvres du septième art, un interminable cauchemar, la seule oeuvre de fiction, pour revenir à la citation de Coppola, dont l'intensité peut soutenir la comparaison avec les films documentaires réalisés sur la guerre du Vietnam. Le génie de Coppola, en-dehors de la dimension purement formelle où il est pourtant souverain, n'est pas seulement d'avoir basé son film sur la longue nouvelle "Coeur des ténèbres" de Joseph Conrad, ce qui lui permet de mettre en avant une vision du monde pessimiste où un être normalement intelligent ne peut plus savoir s'il agit pour le bien ou pour le mal, mais d'ajouter en plus à cet étage philosophique encore un niveau supplémentaire, anthropologique celui-ci, celui du sacrifice, thème ignoré par Conrad. C'est alors, tous ces éléments se combinant, que le titre prend toute sa dimension : l'expérience vécue de la guerre, avec sa capacité d'hallucination et de dépersonnalisation, prend le caractère d'une expérience mystique où disparaît le voile qui nous sépare habituellement de la mort et de la transcendance et les repousse à plus tard : c'est une révélation (sens étymologique d'"apocalypse") maintenant, et pas plus tard, pas après la mort. Plus qu'un film, une expérience. Tout le reste a été dit et écrit.