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Apologie de la punition [Broché]

Emmanuel Jaffelin
4.0 étoiles sur 5  Voir tous les commentaires (3 commentaires client)
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Description de l'ouvrage

6 février 2014
Comme si l’histoire avait pris le parti de la douceur contre la violence, la punition est méprisée, honnie, chassée de la famille et de l’école. Elle subsiste marginalement dans le sport (les pénalités) et dans la diplomatie, quand il s’agit de punir les états voyous. Aujourd’hui considérée comme antidémocratique, la punition ne s’adresse en fait qu’à ceux qui se rendent coupables de comportements jugés non démocratiques (le professeur qui gifle son élève, le père qui donne une fessée à son fils et se retrouve condamné à 500 euros d’amende à Limoges). En même temps, sous couvert d’humanité, on laisse croupir une foule de détenus dans des prisons (avec un taux de récidive à 60% et un suicide tous les trois jours), sans leur proposer de vraie possibilité de se racheter aux yeux de la société par le biais d’une punition. La punition est aujourd’hui cachée, taboue, elle n’est absolument plus pensée comme la meilleure façon d’empêcher la vengeance alors qu’elle est par essence le premier pas vers le pardon, un moyen de réparer, de recoudre le tissu social. Il est temps de la réhabiliter en la repensant véritablement pour proposer une justice enfin réparatrice, fondée sur la responsabilité et le pardon.

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Descriptions du produit

Extrait

Extrait de l'introduction

La punition, cheminement historique de l'humanité

Quel bilan puis-je tracer de mon intervention en Maison d'arrêt ? D'abord qu'on ne peut que constater l'échec de la prison qui n'atteint pas son objectif affiché, punir. Loin de m'avoir converti à la logique pénitentiaire, ma fréquentation ponctuelle mais régulière de la prison m'a conforté dans l'idée qu'elle constituait moins une solution qu'un problème. Si ma réflexion pénale avait débuté par l'humeur et l'émotion, cette expérience m'incitait à rechercher ce qui faisait de la prison une impasse tout en frayant de nouveaux chemins à la punition. Mon article n'a rien changé ni à la prison ni à la justice en France : un détenu continue tous les trois jours en moyenne d'être à l'article de la mort, le taux de récidive des condamnés y est de 60 %, et c'est presque exclusivement la même partie de la population qu'on y retrouve, ce qui rend peu crédible l'existence d'une justice, sauf à penser, comme sous l'Ancien Régime, que les pauvres - les vilains - ont une moralité déplorable et une propension au vice et au crime qui les conduit logiquement derrière les barreaux. Il y a des formes de violences discrètes qui passent le tamis de la justice, celle-ci retenant seulement les violences les plus visibles. Certes, voler, violer et tuer ne sont pas des crimes anodins et la société doit sans conteste condamner lourdement leurs auteurs. Mais d'autres actes provoquent la spoliation, la perte de l'intégrité physique et morale et la mort alors que leurs auteurs - élus sans scrupules, délinquants en col blanc, hommes de médias intrigants - sont rarement inquiétés. N'y a-t-il pas là une inversion des valeurs, surtout lorsque ces hommes sont présentés comme modèles à une population pourvue de bon sens et d'esprit critique ? Se contenter d'une telle justice ne risque-t-il pas de nourrir dans la population un sentiment d'injustice, voire de révolte ?
Cet article n'a donc pas fait mouche, mais il comportait une intuition programmatique que ce livre veut développer. De la prison comme impasse totale, j'en suis venu logiquement à interroger ce qui devrait justifier son existence, à savoir l'idée de punition. A l'époque, je pensais que la punition se composait de deux moments : la sanction et la réparation. Le coupable d'une faute, lorsqu'il est identifié, doit d'abord être sanctionné, c'est-à-dire reconnu par la société comme coupable. Cette reconnaissance manque cruellement aujourd'hui, d'une part parce que nous vivons dans des sociétés démographiquement importantes qui rendent difficile la connaissance du crime non seulement d'un bout à l'autre du territoire - ce qui historiquement fut rarement le cas -, mais surtout auprès de la population directement touchée. Seuls les crimes les plus violents et les plus sordides accèdent à cette notoriété, la majorité des autres demeurant confidentiels. Cette reconnaissance publique de la faute est d'autre part empêchée par l'anonymat qui caractérise la vie de l'homme postmoderne en bien comme en mal. Dans un tel anonymat, la punition devient elle aussi anonyme et perd de sa force. On entre en prison comme on en sort : discrètement. Dans nos sociétés, les actes d'honneur sont sans gloire, ceux de déshonneur sans honte. La forme obscure et cachée que revêt la prison explique donc en partie son inefficacité.

Un mot de l'auteur

Que ceux qui s'engagent dans la lecture de ce livre n'y pénètre pas le fouet à la main ! Au-delà du titre, cette Apologie de la punition invite à réfléchir sur la faute et la manière que nous avons d'y répondre. Si d'un côté la prison constitue une mauvaise réponse à la faute, l'absence de réflexion sur la punition contribue d'un autre côté à semer la violence dans nos sociétés démocratiques. Obsédés par le droit, nous faisons les choses de travers depuis que nous avions confié à l'État le soin maladroit de résoudre (ou d'absoudre) les fautes. Citoyens, levez-vous et ne faites pas du code pénal la bible de votre conduite !
L'impensé pénal est un champ d'investigation. Aujourd'hui, il faut une loi pour qu'il y ait une faute ! Nullum crimen, nulla poena sine praevia lege poenali. L'inflation des lois dissout la responsabilité qui a en outre été détrônée et remplacée par la victimité : nous sommes tous victimes, donc peu punissables. Personne n'a cassé le vase de Soisson ! Et le pire des criminels dispose d'un catalogue de motifs atténuant son mobile. L'enfant est roi, le parent coi. L'élève peut effectuer tout son parcours scolaire sans travail ni faute. Le sportif est sifflé par l'arbitre qui décide de la touche ou du pénalty ; mais sa place sur les écrans découle d'une grande impunité concernant l'absorption de produits interdits. The show must go on ! Seule la diplomatie américaine retrouve du goût à la punition lorsqu'elle envahit des États Voyous (Rogues States)... sur le terrain desquels elle s'enlise.
A ceux qui me demandent si je ne suis pas schizophrène pour écrire, d'abord sur la gentillesse, puis sur la punition, je réponds par deux définitions : être gentil, c'est rendre service à quelqu'un qui vous le demande ; punir, c'est rendre service à quelqu'un qui ne vous le demande pas. Dans les deux cas, il est questions d'amour. La punition ne consiste pas à exclure quelqu'un - ce que font nos sociétés en coupant les coupables de la société par l'incarcération - mais à le remettre aussitôt dans le flux de la vie sociale. Ce que la faute déchire, la punition doit le recoudre. Est-ce un hasard si Anders Breivik - le tueur norvégien de 77 jeunes sur l'île d'Utoya à l'automne 2008 - explique sur son blog «que son éducation a totalement manqué de discipline» ? L'idéologie moderne répète que tous les enfants battus feront des parents qui battent. Mais que dit la science sur les enfants impunis ? Quels adultes, quels salariés ou entrepreneurs, quels conjoints ou parents seront-ils ? Je défends dans ce livre l'idée que la punition est le moyen de revisiter, au-delà de notre système pénal, la justice, la société et, en toute discrétion, l'humanité !
«Le pardon n'est pas au bout du chemin ; il est le chemin» Françoise Chandernagor

Emmanuel Jaffelin

Détails sur le produit

  • Broché: 300 pages
  • Editeur : Plon (6 février 2014)
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2259222498
  • ISBN-13: 978-2259222495
  • Dimensions du produit: 22,2 x 14 x 3,2 cm
  • Moyenne des commentaires client : 4.0 étoiles sur 5  Voir tous les commentaires (3 commentaires client)
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5.0 étoiles sur 5 Un gentil persévère... 6 juillet 2014
Format:Broché
Dans son « Éloge de la gentillesse », Jaffelin sait de quoi il parle et le professeur de philo qu’il ne peut pas cesser d’être ne nous inflige « que » 187 notes de bas de page pour inviter des auteurs reconnus à renforcer ses thèses.
Dans son « Apologie de la punition », il aborde une expérience qu’il n’a pas vécue, n’ayant été ni puni de prison (le seul cas de punition qu’il traite en profondeur) ni punisseur, un peu comme ces expatriés travaillant pour les ONG qui parlent de la faim dans le monde, sans avoir jamais raté un repas. C’est peut-être pour cela que le nombre de notes de bas de page grimpe à 354, en provenance de 111 auteurs, de Abensour à Zorn en passant par (formation oblige …) Aristote, Descartes, Hegel, Kant, Levinas, Montaigne, Nietzsche, Platon, Rousseau, Spinoza et Max Weber ! Très peu (aucun ?) d’entre eux ont d’ailleurs été en prison eux-mêmes et j’aurai mieux compris qu’il veuille faire témoigner ces taulards qu’ont été Brasillach, Burroughs, Dostoïevski, Céline, Genet, Mandela, Soljenitsyne, Verlaine, Villon ou Oscar Wilde, tous étrangement absents et pourtant concernés au premier chef, ou même, plus modestement, tous ceux qui ont eu le triste privilège de passer quelques mois dans les geôles de la République, malgré (ou à cause) de la mal nommée « présomption d’innocence », souvent invoquée, rarement respectée.
Alors, si je critique autant cet ouvrage, pourquoi lui avoir accordé 5 « étoiles » ? La première pour avoir osé aborder un sujet qui n’intéresse pas les « braves gens » (ceux dont parlait Brassens).
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2.0 étoiles sur 5 Un auteur sous-informé 28 avril 2014
Par Maurel
Format:Format Kindle|Achat vérifié
Je suis d'accord avec Jaffelin sur une multitude de points. Quand il écrit par exemple :
qu'il faut « chercher une dynamique visant à remettre le fautif en mouvement vers lui-même en même temps que vers la société ;
qu'il faut « ouvrir la société pour que l'humanité prenne une nouvelle respiration »
qu' « il y a en l'homme une force et une ressource qui sont, la plupart du temps, aussi peu exploitables que le pétrole enfoui dans les entrailles de la terre » ;
qu'il s'agit de « réparer, recoudre, restaurer » ;
que mieux vaudrait une justice réparatrice

que le système carcéral actuel est inacceptable, etc.
Et je pourrais encore longtemps poursuivre l'énumération de mes points d'accord.
 
Même quand il parle des enfants et qu'il suggère les nombreuses formes que peut prendre ce qu'il appelle la « punition » : discussion, confrontation avec la ou les personnes impliquées dans la faute, recommandation d'aller s'excuser, restitution de ce qui a été dérobé, réparer ce qui a été abîmé. Tout cela me paraît bel et bon, mais je ne vois pas la nécessité de concevoir tout cela comme une « punition ». On peut le concevoir, comme il le dit lui-même comme une réparation de la relation. Et je ne vois surtout pas la nécessité de rendre cette réparation humiliante. On peut très bien expliquer à l'enfant que si c'était lui qui était victime de la faute en question, il serait sûrement heureux de voir l'auteur de cette faute venir s'excuser et réparer.
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5.0 étoiles sur 5 Un ouvrage à lire 4 mars 2014
Par JCP
Format:Broché
Un texte ambitieux qui propose de remplacer le code pénal par une nouvelle manière de punir. Une bouffée d’air frais dans le domaine de la punition qui aborde sans tabou le rôle de celle-ci dans la famille, à l’école, dans le sport et la diplomatie et explique pour quelles raisons la prison ne punit pas. A mettre entre toutes les mains, celles des coupables comme celles des victimes
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