Appaloosa, petite ville du Nouveau Mexique, vit sous le joug de l'ignoble Randall Bragg. Les notables se décident à engager Virgil Cole, un shérif à poigne, inflexible face à la corruption. Aidé de son adjoint, ils reprennent la ville en main, imposant leur loi.
Pour ce western, Ed Harris se retrouve devant et derrière la caméra. Comme acteur, il forme avec Viggo Mortensen, un formidable duo de cinéma. Ces gars là sont des purs et durs. Des hommes des vrais. Ils ne parlent presque pas, se comprennent (et se font comprendre) en un regard. Le Ed Harris réalisateur, qui connaît ses classiques sur le bout des ongles, sait qu'en matière de western, un bon plan muet vaut mieux qu'un long discours. Son film est un hymne à ce genre disparu. APPALOOSA n'est pas un néo-western, comme le récent L'ASSASSINAT DE JESSE JAMES, c'est un film à l'ancienne, assumé comme tel, comme pouvait l'être OPEN RANGE de Kevin Costner.
Aucun temps mort, les évènements et les rebondissements s'enchaînent, nombreux et surprenants (la prise d'otage, la poursuite, la trahison...). La mise en scène n'est pourtant pas virevoltante, elle capte ce qu'il y a à capter, sans s'appesantir, directe, efficace. Académique et classieuse. Pas de plans alambiqués ni de montage au hachoir. Comme cette scène d'introduction... deux mots, un flingue, trois morts ! Tout est dit !
La réussite d'APPALOOSA tient beaucoup à ses personnages. Virgil Cole, homme de loi, taillé dans la pierre, qui se fendille au contact d'une jeune femme arrivée en ville : Ailie. Personnage féminin complexe à cerner, recherche l'âme soeur, un protecteur, ou peut être juste un bon parti. L'adjoint de Cole, Everrett Hitch, sans cesse dans l'ombre du maître, dévoué, peu bavard mais érudit. Ce trio de personnages est très intéressant, sorte de JULES ET JIM du far-west ! Et bien sûr, Randall Bragg, la plus belle canaille croisée depuis vingt ans à l'ouest du Pecos.
Pour incarner ces personnages, leur insuffler de la vie, il fallait des comédiens à la hauteur. Outre Harris et Mortensen (très sexy avec sa raie au milieu !), saluons la partition ambiguë de Renée Zellweger, parfaite, et le charisme de Jeremy Irons, dont le talent n'est plus à prouver.
La trame de ce western rappelle les grandes réussites du genre, de RIO BRAVO
Rio Bravo à L'HOMME DES HAUTES PLAINES. Des paysages somptueux, des hommes usés, une réflexion sur l'engagement, la justice, l'amitié, des péripéties, attaques, poursuites, duels, bagarres... Tous les éléments du « bon vieux western » sont réunis, mais ça ne sent pas la naphtaline. Ed Harris a sans doute réalisé un des meilleurs western depuis IMPITOYABLE
Impitoyable (en moins crépusculaire), un formidable film, qui fait sacrément plaisir à voir.