"Documentaires ou fictions, la cinéaste mord le trait et met en scène les hommes et les femmes de la vie réelle comme s'ils étaient des personnages de roman. Pour elle, la vérité n'a jamais existé au cinéma. Les regards face caméra renvoient au miroir du spectateur. Avec tendresse et compassion, Françoise Romand recompose le passé en faisant jouer aux protagonistes leurs propres rles. Espiègle et complice, elle ouvre la porte à toutes leurs fantaisies. Dès le début d'Appelez-moi Madame le ton est donné. Ovida Delect fait un signe de connivence à la caméra et raconte ses fantasmes que la cinéaste concrétisera en images. La musique de Nicolas Frize accompagne la mariée qui court au ralenti sur la plage. En 1986 dans un petit village normand, devenir transsexuel à 55 ans avec l'aide de sa femme n'est pas une mince affaire pour ce communiste et poète, ancien résistant resté muet sous la torture. L'amour d'Huguette pour son mari devenu femme transcende tous les poncifs et son douloureux sacrifice réfléchit le statut de toutes les femmes. Avoir été directrice de l'école maternelle fait passer la pilule auprès des villageois. Dans un micro-trottoir rythmé par le hachoir du boucher, la réalisatrice se débarrasse rapidement des remarques grivoises que le curé couronne. Les deux mamies tournent le dos à ces commérages. Les films de Françoise Romand évitent les commentaires, ils parlent d'eux-mêmes, réfléchissant les vies ordinaires de personnages extraordinaires sous l'il fantasque de la mise en scène. Le drame se joue toujours dans la comédie. La distance n'est pas celle de l'auteur à son sujet, mais du sujet au filmage, rapprochant le spectateur au plus près de l'émotion en le faisant entrer incidemment dans les arcanes du cinéma."