Pop orchestrale ou rock expérimental, constructions sophistiquées ou épures autour d’une poignée d’accords, sonorités boisées ou raffût électrique : Andy Patrridge n’a jamais su choisir, et c’est bien là tout son problème. Bien souvent, il a pêché par excès de gourmandise, en publiant des albums caractérisés par l’opulence de leur contenu (
Oranges & lemons et
Nonsuch totalisent à eux seuls 32 morceaux !) et par la variété des saveurs proposées - largement de quoi rebuter un public déjà effrayé par sa manière de bousculer les règles rythmiques et harmoniques de la pop.
Sur
Apple Venus volume 1, cependant, Partridge n’a pas eu à choisir : le sort a décidé pour lui, en le forçant à scinder en deux, pour des raisons purement financières, le double album qu’il prévoyait de sortir pour fêter le retour aux affaires d’XTC après huit années d’absence. Et le sort a particulièrement bien fait les choses, en ne conservant sur ce premier volet que les titres les plus acoustiques et les plus orchestrés (les morceaux « rock » feront quant à eux l’objet d’un second album,
Wasp star, publié l’année suivante). L’album trouve ainsi une unité sonore dans la richesse de ses arrangements – et revient par la même occasion à des dimensions beaucoup plus raisonnables : onze titres seulement. Mais quels titres !
Dire que ce disque est une splendeur serait encore en-dessous de la vérité. De
« River of orchids », qui ouvre l’album en plongeant la tête la première dans la musique contemporaine, à
« The last balloon », déchirante ode à la fin de l’enfance portée par une trompette endeuillée, les compositions de Partridge sont d’une force et d’une densité assez peu communes. D’un bout à l’autre du disque, le leader d’XTC semble ainsi en état de grâce, alignant les merveilles mélodiques avec une facilité déconcertante, et habillant ses chansons des étoffes les plus précieuses :
« Greenman » et ses cordes orientalisantes,
« Easter theatre », porté par un hautbois et un basson entrelacés,
« Your dictionary », dont le texte amer est contrebalancé par la beauté des arrangements acoustiques... Chacun des titres signés Partridge mériterait d’être cité ici, d’autant plus que le niveau ne faiblit à aucun moment. Comparativement, les deux contributions de Colin Moulding (pourtant excellentes – elles revisitent avec brio l’axe Paul Mc Cartney / Ray Davies) font bien pâle figure.
Fruit du hasard et oeuvre d’un génie parvenu à maturité,
Apple Venus volume 1 est tout simplement l’un des plus beaux disques des années 90, tous genres confondus. Qu’il ait été enregistré par un groupe ayant 25 ans de carrière derrière lui ne le rend que plus remarquable.
Thibaut Losson - Copyright 2012 Music Story