« Après l'Empire », sans être aussi prophétique que « La chute finale », a le mérite de déjouer la médiocrité ambiante. Le déclin des États-unis est en effet évident comme le met en exergue Todd, son analyse prenant en compte une variété de facteurs convergeant dans ce sens. Le déclin est aussi bien économique (virtualisation de l'économie, disparition de l'économie productive) que démocratique (inégalitarisme, tournant oligarchique), démographique (par rapport à la croissance démographique mondiale) ou géopolitique.
La mise en lumière de la mutation oligarchique des démocraties les plus anciennes est un point intéressant qui mériterait une étude ad hoc, de même Emmanuel Todd dévoile une stratégie de domination maintenant bien connue (création d'un terrorisme universel imaginaire) pour justifier des interventions géopolitiquement intéressées.
Sur l'émancipation de l'Europe, Todd évoque notamment ceci : "L'option "intégration impériale" impliquerait du point de vue des classes dirigeantes européennes une double révolution mentale : un enterrement de la nation et un mariage impérial ; d'une part, une renonciation à défendre l'indépendance de leurs peuples, mais en contrepartie, pour ce qui les concerne, une intégration de plein droit à la classe dirigeante américaine." Une option oligarchique qui semble avoir été choisie.
Quelques critiques tout de même : ce que je reprocherais à cet essai c'est de ne pas assez parler de cette oligarchie financière américaine, des évolutions du système monétaire qui sont tout de même des éléments clés, des multinationales, bref de cette oligarchie qui, émancipée de toute logique nationale, est passée au mondialisme pour un gouvernement mondial. Cette hyperclasse pourrait, ironiquement,survivre à l'Empire américanocentré.
Toujours sur ce point, il est à noté que les crises de la fin des années 2000 étaient prévisibles. Aussi controversé soit t-il quelqu'un comme Lyndon Larouche aux Etats-Unis, Jacques Cheminade en France, entre autre, dénoncent depuis bien longtemps les excès de la finance.
Bref sur cet aspect je conseille en lecture complémentaire « Crise ou coup d'Etat ? » (2009) de Michel Drac qui analyse fort bien la période 2000/2009.
Crise ou coup d'État ?Enfin, j'ajoute également qu'Emmanuel Todd manque de lucidité quant à l'incapacité de l'Europe de s'affirmer en tant que contrepoids : l'UE est un protectorat américain dont les élites ont été cooptées, et ce depuis l'origine. Il aurait du prendre plus au sérieux cet affirmation très claire de Brzezinski : "the West (where America preponderates).".
Voici ce que dit Drac dans son bouquin précité : "Les USA sont encore en mesure de la modeler (la crise) à leur convenance - (...) afin de conduire une guerre financière secrète contre les protectorats européens, délibérément fragilisés.
(...) le protecteur est bien décidé à faire retomber le poids de sa faillite sur son protectorat, afin de se positionner au c½ur d'un empire occidental qui restera sous domination de la finance anglo-saxonne."
PS : Pour répondre à bobbywatson04102, j'avais pour ma part également noté que sur la version allemande d'amazon, "Après l'Empire" disposait de pas moins de 56 commentaires, ce qui est énorme compte tenu de la couverture médiatique de Todd, qui est bien moindre outre-rhin qu'ici, et a fortiori il s'agit d'un de ses seuls essai traduit dans la langue de Goethe.