19 internautes sur 19 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Religionnaire - Destination Rock, 24 décembre 2003
Ce commentaire fait référence à cette édition : Aqualung (CD)
Parler d'Aqualung en tant qu'album concept semble irriter ce cher Ian Anderson, peut-être car l'évolution du rock progressif amène doucement la plupart des ses compositeurs à trop privilégier le concept par rapport à la musique. Et ceci, Ian Anderson le sait bien car comme tant d'autres il n'y a pas échappé. Mais ce n'est pas encore le cas avec Aqualung, dont les concepts (ce disque est en effet doublement conceptuel) ne restent que des accessoires supplémentaires sans jamais prendre le pas sur la musique. En somme, pas d'introduction conclusion, pas de rappels multiples d'un thème musical tout le long de l'album, nous avons bien onze chansons bien distinctes les unes des autres. Les deux concepts ne font qu'apporter une certaine cohérence à l'ensemble au niveau des paroles (ce qui reste l'objectif légitime et raisonnable d'un album concept n'est-ce pas?).
Le première face de l'album original est intitulée Aqualung qui semble ici être le nom du vieil homme de la pochette (et non un aedème aigu du poumon pour nous autres spécialistes de la santé). Ce personnage créé par Anderson et inspiré par une photo (prise par sa femme) semble être apparemment un vieux clochard aux problèmes respiratoires (d'où le nom). Quelques descriptions de sa vie se joignent donc à des considérations sur sa situation sociale tout au long de cette première face.
La seconde face du disque (My God) est quant à elle consacrée à la dénonciation de la religion considérée comme la plus gigantesque corruption organisée par l'Homme, le tout à une époque où de nombreux groupes ont plutôt tendance à se "christianiser". L'hypocrisie chrétienne est mise en avant tout comme la manipulation des notions divines par l'homme afin d'arriver à ses fins. Cette ambitieuse croisade anti-religieuse (mais donc pas forcément anti-Dieu) est réalisée avec talent et marque une grande partie de la jeunesse d'une génération avec des tirades comme "He's the god of nothing, if that's all that you can see." ("My God") ou encore le jouissif "If Jesus saves, well, He'd better save Himself" ("Hymn 43"). N'est-ce pas magnifique?
Le lien entre les deux parties, sans sauter aux yeux, n'est pas difficile à trouver : si l'Homme avait vraiment créé la religion pour la raison qu'il prétend, ne se préoccuperait-il pas davantage de certains problèmes?
Bon finissons en avec ces considérations conceptuelles et recentrons nous sur le meilleur c'est à dire la musique. Autant le dire tout de suite : Aqualung est un chef d'aeuvre du rock, qu'il soit progressif ou non. Ian Anderson arrive au sommet de son art avec son style unique et inimitable. Il parvient de plus à faire coïncider le sommet de son art avec un potentiel commercial plus qu'intéressant. Les deux pôles dominants de l'album sont hard rock et folk avec d'un coté des riffs miraculeux et de l'autres des folk songs magiques. Mais les deux sont également volontiers mêlés au sein d'un même titre avec des interventions flûtières toujours aussi admirables de Ian Anderson. Le départ du bassiste Glen Cornick est compensé par l'arrivé de Jeffrey Hammon-Hammond (de "Song for Jeffrey") avec lequel Jethro Tull ne perd pas vraiment au change.
L'époque est au rock progressif et au hard rock dont l'éclosion est encore fraîche et récente. Le hard rock de Jethro Tull est pour ainsi dire parmi les plus originaux de l'époque, n'en témoigne ce riff menaçant et surgissant dès les premières secondes du disque. "Aqualung" peut en effet déstabiliser car si sa lourdeur et sa puissance sont comparables à celles d'un Black Sabbath ou d'un Uriah Heep mais sa complexité, sa profondeur et son évolution le font pourtant dépasser le cadre étroit du metal, aussi heavy soit-il. Car cet interlude sous forme de ballade folk fait brutalement fondre cette agressivité dans une douceur des plus attendrissantes. On regrette d'ailleurs que l'étouffement du son nécessite de monter systématiquement le volume à ce moment là. Le toujours très sous-estimé Martin Barre y place par ailleurs un de ses plus beaux solos et rappelle encore une fois qu'en matière de solo, le talent est totalement indépendant de toute démonstration technique. Et ce fabuleux refrain de "Cross-Eyed Mary"? Quel riff n'est-ce pas? La lourdeur se transforme cette fois en véritable groove que Ian Anderson exploite à merveille avec des interventions divines à la flûte. Et que dire de cette introduction flûtière avec ce crescendo irrésistible? Rien tout simplement. Tant qu'on est dans les riffs autant parler tout de suite de "Locomotive Breath" qui porte à l'évidence magnifiquement son nom. Ce riff est en effet une véritable et infatigable locomotive qui propulse cet hymne comme le plus grand succès de la carrière du groupe. Enfin, comment ne pas mentionner également le puissant riff funky de "Hymn 43" ("Oh Jesus save me!") aux parfums de gospel intégrés dans un morceau absolument hard rock? Seul "Wind Up" dont les ingrédients guitaristiques sont encore une fois remarquables se révèle un peu laborieux pendant ses longues six minutes (heureusement, il est placé à la fin...).
Les trois titres les plus doux ne dépassent pas deux minutes et consacrent le retour de l'inspiration folk magique de Ian Anderson. "Cheap Day Return" et "Slipstream" ne peuvent être considérés comme de vulgaires interludes tant leur beauté reste troublante, particulièrement le premier avec ce duo de guitares éblouissant. Quant à "Wond' ring Aloud", tant de beauté et de magie en moins de deux minutes! Le Religionnaire est toujours sans voix après des centaines d'écoutes...
Mais avec Ian Anderson, le folk et la guitare acoustique ne riment pas forcément avec douceur et simplicité. Les deux titres plus baroques que sont "Mother Goose" et "Up to Me" sont là pour le prouver. Déstabilisants d'originalité, ces deux prouesses de compositeur n'ont toujours pas d'équivalent et associent à merveille flûte et guitares dans une ambiance authentiquement médiévale façon ménestrel.
Le sommet du disque, qui parvient étonnamment à mixer toutes les directions prises, c'est le mythique "My God". L'introduction classisante débouche sur une explosion metal et une transformation en riff terrassant! Puis vient le fameux interlude médiéval aux chants grégoriens avant une nouvelle explosion libérant un nouveau "colaboriff" flûte/guitare entre Barre et Anderson dont ce dernier a le secret, le tout durant sept minutes d'une intensité inimaginable. Quel pied!
Voilà, cet Aqualung est un sommet du rock, toutes catégories confondues. Magnifique voie d'abord pour s'initier au progressif, il fleure bon l'époque ou ce dernier n'osait s'écarter de l'essentiel, à savoir : la musique!
PS : l'édition du 25ème anniversaire fournit quelques titres bonus dont une interview (pas très groovy mais informative) et quelques titres plus anciens : "Song for Jeffrey", "Bourée" et "Fat Man" sont tous trois tirés d'un live à la BBC de 1968 dont le son, sans être catastrophique, reste lointain. La version "quad" de "Wind Up" est un peu trop sèche et molle pour convaincre, et enfin "Lick Your Fingers Clean" est un inédit à la mélodie sympathique même si trop théâtral...
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35 internautes sur 36 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
Jethro Tull Superstar, 11 mars 2004
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On peut se demander comment un tel disque serait reçu aujourd'hui ? ... sans doute avec scandale car ce qui se dit à une époque ne peut pas nécéssairement se dire à une autre : en 1971 donc, Jethro Tull, improbable groupe de clochards des bois emmené par le flûtiste Ian Anderson (qui sur scène se tient debout sur une seule jambe, tel un étrange oiseau), enregistre ce disque en réaction à la "christianisation du rock" ("Jesus-Christ Superstar", etc.): le propos anti-religieux est virulent, à peine tempéré par le mysticisme panthéiste d'un groupe hirsute et libertaire. Malgré la véhémence anti-religieuse (mais pro-Dieu !) du propos,malgré l'intellectualisation "philosophique" du bon vieux rock & roll (un critique écrit alors : "Quoi ? Jethro Tull veut maintenant nous faire penser !"), "Aqualung" s'ouvre en grand les portes des radios américaines et des hit parades du monde entier : la musique, savante mixture de Folk anglais, de Hard-Rock des villes et de Blues des champs, n'y est pas pour rien : "Aqualung", "Locomotive Breath", "Hymn 43", "My God" deviennent instantanément des classiques que le groupe jouera souvent sur scène. La remastérisation de ce vieux classique est très bonne : le contraste entre les instruments électriques amplifiés (et les riffs assassins sur "Cross-Eyed Mary" ou "Locomotive Breath" par exemple) et les instruments plus boisés, comme la flûte d'Anderson, est saisissant. Le livret est instructif, et reprend une bonne partie des critiques qui accueuillèrent le disque à sa sortie, notamment la critique dans le magazine US "Rolling Stone" : pourtant, Lester Bangs, horripilé par le succès d'un tel groupe (il préférait les Guess Who ou les Stooges)écrira à son sujet un des plus brillants articles de sa carrière (Cf "Psychotic reactions" le livre): mais le Tull, sage parmi les sages, a préféré oublier le souffre des mauvaises critiques pour ne retenir que le miel des éloges ... 4 étoiles donc.
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10 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
L'année des "Must", 19 septembre 2006
Ce commentaire fait référence à cette édition : Aqualung (CD)
Oui, un must dans le rock cet album, mais dans un feu d'artifice de créativité de l'année 1971.... on ne savait plus ou donner de l'oreille, entre Aqualung, Led Zep IV, L.A. Woman et Who's next la même année ... excusez du peu !!!!
la marque de fabrique du Tull !!! le folk rock aux intonations irlandaises du sorcier d'Aqualung aux riffs bien gras de Martin barre
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