Ma rencontre avec le groupe date du maxi 45 T jaune canari qui contenait 6 titres et un formidable espoir : "Jocko Homo", "Mongoloid", "Sloopy", "Be Stiff", "Social Fools" et bien sur "Satisfaction". Grosse impression et aujourd'hui encore, je me demande si leur version de "Satisfaction" n'est pas meilleure que celle des Stones.
A cette époque, Devo accordait des interviews assez incompréhensibles où ils (n') expliquaient (pas) le principe de De-evolution, à savoir, par l'exemple : Devo a créé "Satisfaction" en 1977, les Stones l'ont repris en 1965. Vous voyez le genre.
Fort de ce 1er succès d'estime, les Devo sortent leur 1er album "Q : Are we not men ? A : We are Devo" précédé d'une forte hype liée pour partie au fait que Brian Eno produise le disque.
Sous une pochette (un scientifique avec lunettes de protection, en contre plongée) autrement plus cohérente avec le pseudo principe de de-evolution, que l'horrible couverture jaune du CD, on retrouve les excellents titres du maxi, plus quelques autres dont on peut ne retenir que "Uncontrollable Urge" et "Come Back Jonee". Les versions des titres déjà sortis différent quelques peu et Satisfaction ne gagne peut être pas au change, tout en restant très, très bon et aujourd'hui encore, je me demande si leur version de Satisfaction....
Dès "Uncontrollable Urge", le style Devo est là : musique nerveuse qui ne délaisse pas les riffs de guitare et la présence de synthés qui ne sont pas encore envahissants. Mark Mothersbaugh n'est pas le meilleur chanteur du monde mais sa voix colle parfaitement au projet déjanté et les paroles de son compère Gerry Casale, témoignent de l'ambition du groupe, notamment sur l'étonnant "Mongoloid" (où la normalité s'inverse). La théorie ( ? !) du groupe s'affiche avec Jocko Homo qui déconstruit l'évolution : "Are we not Men ? We are Devo. Are we not Men ? D.E.V.O."
Addictif et encourageant. Les légions des premiers fans sont désormais prêtes à les suivre au bout du monde.
Hélas, c'est à partir de là que les choses se gâtent. Ils apparaissent systématiquement dans les tenues les plus excentriques : en combinaison, avec des pôts ( ?) sur la tête, s'enfoncent de plus en plus dans le concept fumeux (même si la critique sociale est souvent là) et du coup, délaissent un peu les compositions qui deviennent de moins en moins rock et de plus en plus synthétiques et n'offrent plus que des pépites éparses : "Girl U want" et "Whip It sur Freedom of choice", reprise de "Working in the Coal Mine" en single.
Devo aurait pu voisiner avec Cheap Trick, parmi les barragistes. Leur trajectoire les a plutôt conduits à côtoyer en deuxième division, le ventre mou des Kid Creole, Ramones, Sparks ...Bon, il y a pire, mais bon sang, que de promesses contenues dans ce 1er album !