En la personne de Juan Diego Florez, ces trois génies du Bel Canto retrouvent vivant et serrent contre leur cœur éternel le Giovanni Battista Rubini pour lequel, nous dit-on, ils ont écrit des notes inaccessibles, des contre-fa ou contre-ré que lui seul était capable d'aller cueillir au sommet de ses cordes vocales et plus encore de son génie de chanteur surdoué et inspiré.
En écoutant ce disque splendide - et il faut l'écouter maintes et maintes fois pour en tout capter -, on comprend pourquoi Juan Diego Florez l'a dédié à un prédécesseur dont l'âme immortelle rôde dans ses parages de successeur réincarné.
Juan Diego Florez que j'ai rencontré récemment dans I Puritani est pour moi le merveilleux inconnu dont je me suis demandé si le coup de foudre lyrique qu'il avait provoqué avec son prodigieux Arturo d'un jour était éphémère ou durable.
Les écoutes rapprochées et répétées de ce disque splendide me répondent.
Oui, il faut l'écouter "en boucle" pour ne rien laisser s'effiler d'un tissu de beauté et de maîtrise coupé et cousu dans la perfection.
L'instrument vocal, incroyablement pur, chatoyant, puissant, projeté avec une autorité et une assurance ahurissantes, l'art du chant qui se joue de la moindre et de la pire difficulté, l'articulation, la diction, la possession mentale et viscérale d'un répertoire singulier alliant simplicité mélodique et complexité grammaticale, les épousailles de l'interprète et du compositeur dans la ligne de chant, la discipline et le style de ce répertoire-là : osmose idéale.
La braise et les flammes sont jugulées : c'est la loi du Bel Canto.
Impressionnant et magnifique.
L'écoute commence avec "Nel furor del tempeste" introduit par un "ascolta" de rêve (Bellini, Il Pirata) : démonstration immédiate.
Tout le reste est du même métal, du même diamant, de la même soie, du même brocart.
Oui, avec un tel artiste, Rossini, Bellini et Donizetti sourient aux anges.
Nous aussi.