Présentation de l'éditeur
Publié en 1926, Armand est l'un des romans les plus étonnants de la modernité de l'entre-deux-guerres. À la suite du succès de Mes amis, premier roman d'Emmanuel Bove, Armand venait confirmer les dons exceptionnels du romancier pour la qualité de l'observation psychologique et la finesse avec laquelle il sait débusquer les tensions et les rivalités sous la moindre parole, dans le moindre geste. Chez Bove, même les silences parlent. L'intrigue est simple : Armand habite avec Jeanne, mais il désire Marguerite, la jeune soeur de son ami Lucien. Cependant, l'intérêt est dans la manière de dire les choses de telle façon que se trouve suggéré un curieux déterminisme qui con-duit le héros à valoriser le malheur plutôt que le bonheur. Faire son malheur est une chose, le désirer en est une autre ; le premier choix répond à l'interrogation " comment ? " (séduire Marguerite), tandis que le second dévoile la question sous-jacente " pourquoi ?". C'est dans cette question que se trouve tout l'art du romancier, qui est de montrer au lieu de dire, qui est de feindre au lieu de peindre. Bove, c'est l'art du subjectif, de la pensée souterraine, qui fait que toute relation est foncièrement caractérisée par le malentendu
--Ce texte fait référence à l'édition
Poche
.
Description
Samuel Beckett, à qui l'on demandait peu de temps après la fin de la guerre le nom de l'écrivain méconnu dont il recommandait le plus la lecture, répondit: " Emmanuel Bove ; il a comme personne le sens du détail touchant. " Emmanuel Bove est né en 1898 ; il est mort à quarante-sept ans. A vingt-trois ans il écrit Mes amis, son chef-d'oeuvre peut-être, que suit trois ans plus tard Armand. Colette, enthousiasmée par l'exact goût des choses pratiqué par Emmanuel Bove, l'avait fait publier chez Ferenczi. Dès la sortie du premier ouvrage, le succès est vif ; les écrivains sentent d'instinct ce qu'il y a de neuf chez Bove. Rilke souhaite connaître l'auteur de Mes amis ; il le rencontre lors de son dernier voyage à Paris. Bove a inventé un nouveau type d'écriture : les mouvements intérieurs de ses personnages se lisent à leurs réactions devant les choses, devant les objets, dont ils retiennent tel ou tel aspect et qui en deviennent d'une extraordinaire véracité. L'influence d'Emmanuel Bove est profonde et durable ; son oeuvre est une saisissante prémonition de ce qu'on appelle le Nouveau Roman.