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9 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
La tragédie, mais pas le merveilleux...,
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Armide (DVD)
Lully "Armide", Carsen - Christie, Théâtre des Champs-Elysées, 2008, 2 DVDs FRAmusica.Lecerf de La Viéville, premier biographe de Lully écrivait :"Nos opéras sont un genre de représentations tout consacré au merveilleux." Dans cette production, le merveilleux va souvent nous manquer. Avec d'incontestables réussites : la chambre d'apparat d'Armide, argent et noir, sur laquelle les tenues vermillon de la magicienne et de ses créatures tranchent comme des taches de sang; le sommeil de Renaud, dans ce grand champs de roses rouges, grosses comme des pivoines, le sol s'élevant pour former l'autel du sacrifice auquel Armide ne pourra se résoudre, Robert Carsen, n'ayant pas voulu choisir entre le drame pris au pied de la lettre et du style, et la distanciation ironique, nous propose une mise en scène composite qui laisse perplexe mais qui s'explique. Au Prologue, la Gloire et la Sagesse, chantant les mérites de Louis XIV, et disputant "à qui sait mieux l'aimer", se présentent à nous comme des guides de musée. C'est nous dire que nous ne serons pas les spectateurs du drame, nous en serons les touristes ! Et Carsen, en effet, nous fera visiter la tragédie d'Armide, comme le rêve d'un touriste endormi sur le lit du Roi-Soleil, ce qui laisse supposer que, pour lui, cette histoire d'amour impossible entre une magicienne musulmane et un chevalier chrétien dans une Palestine féerique aux temps de légendaires croisades, n'a pas grand chose à nous dire, ne peut-être qu'un monument archéologique, une curiosité ou une "rêverie" culturelles... Mais alors, pourquoi nous présenter une Armide aussi tragique, aussi émouvante et vraie ? Pourquoi nous faire assister à son suicide final, ce qui est une option "romantique", assez simpliste d'ailleurs, en accord avec notre vision de l'amour malheureux mais en contradiction avec le livret et surtout avec le personnage tel que l'époque le perçoit ? Armide veut tuer son amour, pas en mourir. Tout le livret de Quinault nous parle d'"amour-ennemi" qu'il faut combattre et vaincre, et ce n'est pas en se tuant qu'une héroïne du XVII° siècle triomphe d'elle-même et de ses sentiments, ce n'est pas ainsi qu'elle se montre digne de sa "gloire". Ces notions nous sont très étrangères aujourd'hui, mais il appartient peut-être à une mise en scène de nous aider à les concevoir et à les comprendre. Une autre contradiction se présente, vocale cette fois, entre les deux interprètes principaux, Stéphanie d'Oustrac et Paul Agnew, et qu'il aurait appartenu à William Christie de résoudre ou d'atténuer. Tous les deux sont des chanteurs admirables, mais ils semblent envisager l'interprétation de manière différente. Stéphanie d'Oustrac se donne toute entière à l'incarnation de son personnage, tandis que Paul Agnew paraît penser que la musique et les mots contiennent en eux-mêmes, et en eux seuls, toute la force dramatique de son personnage et que les chanter comme ils sont écrits suffit à traduire l'entièreté des sentiments que celui-ci éprouve. Deux "écoles" parfaitement défendables mais difficiles à faire cohabiter dans la même production. Du fait que le personnage de Renaud est déjà très faiblement dessiné par Quinault, et peu sympathique (d'Enée à Pinkerton en passant par Renaud et Siegfried, tous les "héros" qui quittent une femme aimante pour courir d'autres aventures, font piètre figure), Paul Agnew pâtit de la comparaison avec Stéphanie d'Oustrac, à tort. En insistant sur la qualité de la diction de ces deux interprètes exceptionnels, ainsi que d'Isabelle Druet, toujours plus séduisante à voir et à entendre, et de Nathan Berg, idéal de froideur et de puissance en Hidraot, il faut reconnaître que Laurent Naouri déçoit un peu, pour une fois, dans le rôle de la Haine, par manque de noirceur. Quant à Marc Mauillon en Ubalde et Andrew Tortise en Chevalier Danois, ils n'arrivent pas à réhabiliter le IV° acte, traditionnellement jugé inutile et ennuyeux, alors qu'il est là (un peu tard il est vrai) pour illustrer les pouvoirs magiques d'Armide, prétextes à changements à vue, transformations et féeries, à tout ce merveilleux indispensable à la tragédie lyrique et qui fait défaut ici. Les ballets, réglés par Jean-Claude Gallotta ne sont pas déplaisants, mais c'est William Christie et les Arts Florissants qui emportent l'adhésion. Joué ainsi, comme il l'est par Vincent Dumestre et le Poème Harmonique dans "Cadmus et Hermione", Lully retrouve toute sa gloire, tout son génie, ce génie qu'on lui a si longtemps contesté. En résumé, sûrement pas la meilleure mise en scène de Carsen, mais un tellement beau Lully, tellement bien interprété, joué et chanté qu'on en redemande. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
25 internautes sur 29 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
l'apothéose de Lully et de Quinault,
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Armide (DVD)
Armide, surnommé "l'opéra des dames", fut la dernière oeuvre écrite par le poête Quinault, l'inséparable librettiste du florentin, et achevé par Jean Baptiste Lully en février 1686 avant que la gangrène ne l'emporte l'année d'après.Cet oeuvre est considérée à juste titre comme leur plus grand chef d'oeuvre, et fut admirée et jouée dans toute l'Europe tout au long du 18 ème siècle; Un siècle après la mort de Lully, Gluck reprit le livret de Quinault pour écrire son Armide à Paris, devant un public divisé entre les partisans de Lully et ceux de lanouveauté. Mais le chevalier Gluck rendait ainsi un hommage à son illustre aîné tandis que Jean Philippe Rameau gardait dans son bureau jalousement une copie des partitions de l'opéra. Le sujet fut choisi par Louis XIV lui même: Emprunté à la "Jérusalem délivrée" du Tasse, Il narre l'amour malheureux de la magicienne Armide pour le chevalier Renaud. Côté mise en scène, puisqu'il faut en parler pour un DVD, Robert Carsen a été accueilli par une bordée de huées à l'issue de la première représentation au théâtre des Champs Elysées en 2008. Cette fois encore, le Canadien s'est tenu dans les limites paresseuses d'un bon chic bon genre visuel (entre le gris perlé des vitrines Dior et la jonchée de roses rouges du film American Beauty) et a tout organisé autour d'un seul concept fétiche (le lit du roi), décliné ad nauseam, sur fond de mise à distance de l'objet historique référencé que constitue cet opéra Grand Siècle. Les chorégraphies comme cela devient maintenant une habitude pour les opéras baroques français, sont effectuées par une troupe de danseurs plus ou moins dévêtus, qui éxécutent des mouvement sans rapport avec les rythmes des danses et sans que cela n'apporte grand chose comme cela a pu judicieusement être le cas dans les amusantes évolutions de la troupe de l'opéra comique Platée de Rameau. Pour les amoureux de la mise en scène historique d'Atys de 1987, aux chorégraphies magiques et aux décors et costumes somptueux, tenez vous bien car vous risquez d'être ici déçus. Les costumes sont d'une laideurs et d'une tristesse affligeante. Cela dit, la musique quant à elle est tout simplement splendide. Paul Agnew est un Renaud superbe, Stéphanie d'Oustrac une Armide de chair et de sang, Laurent Naouri déploie sa voix de basse avec jouissance. L'orchestre des Arts Florissants est à l'aise dans ce répertoire qu'il affectionne et maintient de bout en bout une tension à la limite de la déchirure dans cette tragédie ou l'orchestre est un véritable acteur et accompagne tous les airs et récitatifs d'un flot de musique remarquable. Le monologue d'Armide "Enfin, il est en ma puissance qui clôt l'acte II est, au XVIIIe siècle, l'une des pages les plus célèbres de la musique française et Considéré comme « le modèle le plus parfait du vrai récitatif français »; l'impressionnante passacaille avec ch½urs et solistes est également l'un des clous de la partition. Tous disent la fureur de magie et la tendre désillusion d'Armide avec une émotion pure et géniale. Pour ceux qui seraient allergiques à la mise en scène, je vous recommanderais le très beau coffret de Philippe Herreweghe enregistrés chez Harmonia Mundi en 1992. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Un trop rare bonheur,
Par Louis Ovion "Louis Ovion" (Fougères, France) - Voir tous mes commentaires
Ce commentaire fait référence à cette édition : Armide (DVD)
Un trop rare bonheur : celui que donne ce DVD. Mes compétences ne me permettent pas d'énoncer un jugement autre que celui du "visionneur-auditeur dans son fauteuil (de province)" ravi que j'ai été et demeure. Mais si vous aimez voir un spectacle d'un goût très sûr qui vous comble sans chercher à vous surprendre par des inventions dites "décalées", de "second degré", etc., je vous recommande cet achat. Je désire remercier ici le mécène américain qui a eu la bonne idée de dépenser un paquet de ses sous pour permettre au tandem Christie-Villégier et à l'Opéra-Comique de mettre sur pied cette réalisation. Si le même trio pouvait nous offrir au moins un Rameau. Mais le mécène sera-t-il là ? (Je ne pourrais guère l'être que pour une ou deux mesures !) Tout de même, il doit y avoir moyen de trouver des donateurs pour monter par exemple Hippolyte et Aricie.
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