Oeuvre de la dernière période de Haendel, Arminio cumule les atouts d'un livret très bien construit et d'une qualité musicale sans faille : même en exceptant les quelques airs des deux personnages secondaires que sont Tullio et Varo - dont on pourra oublier les interprètes - il reste plus d'une vingtaine d'airs du meilleur aloi. La mauvaise réputation de cet opéra - que certains critiques paresseux perpétuent - est donc incompréhensible, et Alan Curtis a eu raison de se lancer - le seul à ce jour - dans cette production qui est une de ses réussites incontestables. Le plateau est dominé par la mezzo Viveca Genaux, dont la puissance, l'aisance dans les vocalises, et le timbre corsé conviennent parfaitement au rôle-titre, par exemple dans le pathétique "Vado a morir" qui rappelle "He was despised" du "Messie". A ses côtés, la soprano Geraldine McGreevy campe une Tusnelda énergique ("Va combatti"), mais dont le vibrato parfois excessif donne un peu d'instabilité à la voix. L'autre soprano, Dominique Labelle (Sigismondo) excelle dans les airs contrastés comme le superbe "Non son sempre vane larve". Dans le rôle de Ramise, la mezzo Manuela Custer tient honorablement son rang. Mentionnons enfin la très bonne prestation de la basse Riccardo Ristori dans le rôle de Ségeste, important dans l'action bien qu'il n'ait qu'un seul air. Enfin, la prise de son est très satisfaisante. En conclusion, un album à connaître absolument si on aime l'opéra haendélien.