Je ne suis pas si fan de Lavilliers que ça et pourtant, c'est l'artiste que j'ai le plus vu en concert, trois fois si j'en oublie pas, et pas dans des grandes salles, pas dans des grandes villes, c'était le genre palais des sports, sol en ciment et balustrades du tour de France dans les sous préfectures du Sud-Ouest. C'est comme ça, pas toujours le choix, pas toujours le temps, pas toujours le fric. A m'entendre, on dirait que je regrette des souvenirs plus héroïques, mais non, c'est pas ça. On peut en dire ce qu'on veut, de Bernard, l'esbroufe, le Raoul Patakès, la légèreté du Rhinocéros qui d'un frémissement de corne peut vous déclencher une bonne giboulée à l'autre bout de la planète, n'empêche on peut pas lui enlever une forme au moins d'authenticité : l'honnêteté vis-à-vis de lui-même, ça se voit que même s'il est le seul, lui il y croit pour de bon, et forcément, à la longue, ça rejaillit, et ça gagne. Alors vous ajoutez à ça une certaine fidélité à de bons musicos, du métier, de l'allure et de la gueule, et la certitude qu'à la fin du concert il serait encore capable de filer son sandwich à un pauvre môme en anorak, et ça suffit. Vous ne vous en vanterez pas, mais vous aurez passé trois bonnes soirées. Rajoutez encore « les mains d'or » la seule vraie bonne putain de chanson de prolo des vingt (trente ?) dernières années qui soit en plus une putain de belle chanson tout court, et qu'est-ce que vous foutez encore là, allez l'acheter ce disque !