Dernièrement nous avions pu constater avec l'ascension de Robert Kirkman que les meilleurs scénaristes de comics ne faisaient pas nécessairement de bons romanciers .
Alors qu'en est t'il de Warren Ellis , enfant terrible du comic book qui dispute à Garth Ennis un talent multi facettes , un humour corrosif et une capacité indiscutable à provoquer le chaland ?
Son premier roman s'appelle artères souterraines . Première constatation : son éditeur est le Diable Vauvert , maison spécialisée dans les publications non conformes allant de Neil Gaiman à Lydia Lunch en passant par Coralie Trin Thi . Un bon point donc , car il est difficile d'imaginer Ellis chez Albin Michel ou Flamarion .
L'amateur de l'univers du britannique ,et plus spécialement de son travail pour Tranmetropolitain, sera en terrain connu : en lieu et place de Spider Jerusalem , Mike Mc Gill est un détective surdoué mais au bout de rouleau , sale et alcoolique . Et voici que le vice président des Etats Unis le charge de retrouver un exemplaire de la constitution américaine écrite à l'encre Alien .
Face à la dépravation de la société Yankee , cette constitution aurait le pouvoir de purifier quiconque en écoute la lecture . Accompagné d'une punkette surdouée , voici notre duo doté d'un million de dollars en plein Road Movie où ils vont rencontrer les figures les plus underground .
Comme pour le Preacher d'Ennis , Ellis se sert d'une intrigue complètement improbable dont il se désintéresse rapidement pour peindre des caractères et des situations les plus extrêmes . Et l'homme a du talent , que ce soit pour des dialogues magnifiques , son sens du rythme ou pour son imagination .
Et tiens ! un zeste de romantisme . Car face à la horde de freaks que Mike et Trix vont rencontrer , nos héros incarnent une certaine pureté , un bastion d'humanité et d'intégrité face à la décadence des protagonistes .
Des amateurs de Godzilla qui se masturbent dans un cinéma , des transsexuels qui s'injectent de la silicone , des homos qui se piquent avec de la solution saline pour augmenter la taille de leurs organes génitaux ou des politiciens véreux qui organisent des partouzes pour transmettre le SIDA à des starlettes. Vous l'aurez compris , en offrant Artères Souteraines aux amateurs de Marc Levy , vous ne risquez pas de vous faire des amis ...
Artères est donc réservé à un lectorat plutôt rock , doté d'un humour noir à toute épreuve et doté d'une solide culture Comics . Comme chez Grant Morrisson , Ellis est fasciné par tout ce qui peut altérer les capacités humaines physiques , morales ou sexuelles . Comme chez Frank Miller , les politiciens sont abjects et dépravés . Les Roanoke et leur ranch de l'horreur rappelle bien sûr les Roark de Sin City .
Comme chez Ennis , la quête de Mc Gill compte plus que la destination , et l'amour fou des personnages leur permet de surmonter les obstacles les plus improbables .
Ellis se permet même à la fin de lancer un plaidoyer vibrant pour la liberté d'opinion et de l'internet . Il évoque ces surdoués qui derrière une tonne de provocation cache une réelle sensibilité , voire une certaine poésie faisant office de pamphlet moral ! En france on a eu Gainsbourg qui faisait ce boulot que ce soit dans ces disques ou au cinéma avec le magnifique Je taime moi non plus .
N'étant pas un inconditionnel d'Ellis , j'ai été tout de même bluffé par son talent et une vrai fibre d'écrivain .
La preuve encore une fois que le Comic Book n'est pas une sous culture mais bien un vivier de talents les plus divers et surprenant .
Playlist conseillée pour accompagner la lecture d'Artères :
David Bowie : Outside
Lou Reed : Transformer
Marilyn Manson : Mechanicals Animals