Là, on est d'emblée dans l'un des monuments du rock : concept albums, rock opéra, rock narratifs faits de petits chapitres perlés au fil d'un récit : à placer dans la sphère des Sergent peppers, Tommy, SF Sorrow des Pretty Things, pour dire que y a pas eu que les Beatles, les Stones et les Who, et que comptez sans les Kinks des sixties c'est avoir la vue (et l'ouïe surtout) singulièrement courtes.Futés, habiles, vicieux, amères, tristes, les textes de Ray Davies sont des chefs d'œuvres de justesse naturaliste où l'humour et la critique sociale voisinent avec une compassion pour le voisin paumé dans lequel on se reconnaît si souvent. Et côté musique ? «Victoria" qui ouvre le cd, est un régal de pop song aux refrains imparable qui enchante encore les matins les plus fades, le reste est à la hauteur des trésors mélodiques que Davies distillent dans les premiers albums des Kinks : les arrangements sont fantastiques et les guitares de Dave une merveille (comment ce type ne brille-t-il pas au panthéon des guitaristes? il est vrai que depuis le rock anglais lui doit tellement, qu'il est presqu'indécent d'appuyer sur l'héritage). Qui mieux que les Kinks savent varier les atmosphères, passer du rock n'roll à la ballade, du music hall à la pop, de la ritournelle à l'hymne? Rock juvénile pour âge adulte, ou l'inverse, Arthur est un de ces grands disques que toute discothèque se doit de posséder. Un MUST.