L'Expansion
A de rares exceptions près, le monde réel n'existe pas dans la littérature de gestion. Il y a des recettes, des théories à la pelle, des systèmes, des fonctions, des rôles, mais pas de passion, de joie, de triomphe, d'envie, de convoitise, de cupidité, ni d'avarice, de lâcheté ou de rêve."
On ne peut pas en dire autant du livre de Patricia Pitcher, l'auteur de ces lignes, ancienne directrice du service des études économiques de la Bourse de Toronto, aujourd'hui responsable des doctorats de l'université McGill au Canada.
Son sujet, ce sont les impitoyables jeux de pouvoir qui se nouent dans les entreprises, à l'abri des façades lisses que s'emploient à dresser les directions de la communication, ou des organigrammes équilibrés des consultants.
L'auteur s'est attachée à suivre, huit ans durant et de l'intérieur, l'apogée et la chute d'un empire de l'assurance. Ayant été auparavant porte-parole de la Fédération des PME canadiennes, "à une époque où les entreprises moyennes étaient considérées comme un reliquat moyenâgeux par une opinion publique tout entière gagnée aux grands conglomérats", elle a voulu, explique-t-elle, "se donner des armes pour convaincre".
Tournant le dos à l'approche pseudo-scientifique de la gestion, elle montre que le domaine de l'art et de l'esthétique fournit de meilleures clés pour élucider le mystère entrepreneurial.
Et démonte, de façon savoureuse, le comportement et le rôle des trois types humains qu'incarnent, selon elle, les cadres dirigeants: l'artiste (l'entrepreneur charismatique), le technocrate (le gestionnaire froid) et l'artisan. Ce dernier, discret, gardien de la mémoire, agit en contrepoids des inspirations illuminées de son patron "artiste", qui cherche d'ailleurs instinctivement à se l'attacher.
Le vrai danger, c'est le technocrate, brillant et méprisant, avec une forte propension à se multiplier par clonage dès qu'on lui en laisse la latitude, stérilisant tout sur son passage. "Les technocrates, rassure cependant Pitcher, sont indispensables à l'entreprise tant qu'ils restent à leur place. C'est le pouvoir qui les rend mortifères." --Pascale-Marie Deschamps--
L'Entreprise
Une leçon de bon sens. Opposé au gestionnaire, le leader, le vrai, est ce deus ex machina qui va sauver l'entreprise. Et tous les managers de se précipiter sur telle ou telle technique de management qui lui apprendra qui à décider, qui à être charismatique, qui à innover... Pitié, du bon sens!, s'écrie Patricia Pitcher. La gestion veut découper l'homme en morceaux pour lui apprendre à voir, penser, agir Mais ces morceaux forment un tout, qui s'appelle caractère. Et on peut bien enseigner la vision à un technicien, on ne le métamorphosera pas. Ou il fera semblant et ce sera le drame.
A partir de l'analyse fouillée des trente ans d'histoire d'une multinationale financière, Patricia Pitcher montre que le leader doit être un artiste (visionnaire et stratège, ils sont rares) ou un artisan (profil le plus fréquent). Mais pas un technocrate, un gestionnaire par nature et qui doit le rester. Ces caractères sont indispensables à toute organisation, mais chacun à sa place et au bon moment. D'ailleurs, l'unique recette de gestion que nous livre cette québécoise passionnée vous permettra de dépister les technocrates pour leur accorder beaucoup d'influence... mais pas une miette de pouvoir! --Stéphène Jourdain--