Après un « buzz » internet énorme sur ses premiers titres, la sri lankaise tamoul et britannique Maya sort enfin son premier album. Le titre
Arular est le nom de guerre de son père activiste tamoul recherché par l’armée sri lankaise. Une manière pour M.I.A de garder le contact avec ce père qu’elle a si peu vu tout en revendiquant avec fierté ses racines.
Disque à première vue destiné à la danse,
Arular aborde pourtant des thèmes politiques et sociaux sans tomber dans les slogans naïfs et faciles. Les morceaux courts restent sur une structure simple et entraînante. La musique, mélange habile et brut de « dancehall » jamaïcain, de rap avec des beats dansants emprunte tant à la jungle et au UK garage qu’à l’électro.
Composés entièrement par M.I.A. chez elle, les titres d’
Arular ont la spontanéité et la fraîcheur des premiers jets. Les producteurs Diplo, Richard X et Switch, ajoutent aux morceaux des couleurs et des arrangements sans trahir son univers « cheap » et bariolé. Le visuel du livret, inspiré de sa première exposition d’artiste peintre, mêle références guerrières de la lutte tamoul, drapeaux et sigles de paix à l’image des textes.
L’album ne souffre aucun temps mort et se révèle une irrésistible machine à danser. Le phrasé de M.I.A. est à l’aise sur tous les tempos et décline un style affirmé où tous les gimmicks rap et ragga sont assimilés avec brio. Même quand elle prend des accents revendicateurs, MIA ne sonne jamais rugueuse donnant à ses titres un cachet « pop » très accrocheur comme sur
« Sunshowers ». Son mélange de « slang » anglais et jamaïcain fait mouche sur les brûlots révolutionnaires que sont
« Amazon »,
« Pull Up the People » et le teinté de « baile funk »
« Bucky Down Gun ». Les beats y sont minimalistes et carrés comme des extensions modernes du
« Sleng Teng » le classique digital ragga de 1985 cité dans
« Pull Up the People ».
Sur
« Galang » et
« M.I.A.» (titre caché à la fin de l’album), ses tout premiers morceaux, les sonneries de playstation et de portable teintent Arular d’un souffle urbain euphorisant.
« Fire Fire », sensiblement de la même veine, exprime tout le cercle d’influences musicales de l’artiste : « Jacking up to Lou Reed / Chasin' out to Pixies and The Beasties /Doin' aceed with hair-coloured geek freaks ».
« URAQT » la voit régler ses comptes en termes guerriers avec une rivale amoureuse tandis que
« Hombre » est une invitation érotique très crue.
Pur produit du multiculturalisme anglais, l’album de M.I.A. est un choc équivalent aux premiers Roots Manuva et Dizzee Rascal et sera salué par une nomination au Mercury Prize.
François Bellion - Copyright 2013 Music Story