Ce "Follow Me Quietly", co-réalisé par
Anthony Mann et
Richard Fleischer pour la RKO, relate l'histoire d'un criminel qui opère par temps de pluie. Un tueur sans scrupule dont on ne sait pas grand chose. On découvrira son visage qu'à la fin du film. Harry Grant (interprété par le méconnu
William Lundigan) est un flic coriace. Il ne lâchera pas le morceau et mènera l'enquête jusqu'au bout. Secondé par son partenaire et puis, chose assez surprenante, flanqué d'une belle journaliste (la très glamour
Dorothy Patrick, souvenez-vous, celle-ci avait campé le rôle d'Emily dans House By The River de Fritz Lang...), il incarne "le bien", ou pour le dire autrement, l'idéal de la société américaine: une justice qui ne s'embarrasse pas des "parasites", et se débarrasse de ses criminels sans chercher à comprendre.
Malheureusement, ce film de série B (tourné en moins de dix jours) est sans surprise... De toute évidence, réussir un film noir n'a jamais été une entreprise évidente, surtout lorsqu'on a très peu de moyens à sa disposition... La RKO était loin de posséder le budget de la MGM, de la Warner ou encore celui de la Columbia. Pourtant, Fleischer réalisera quelques joyaux (que l'on songe à
L'Enigme du Chicago Express). Mais pour ce film, les ingrédients du genre ne m'apparaissent pas bien dosés (le criminel, l'enquête, la poursuite). Pire que tout, le sentiment d'avoir un film d'une banalité affligeante. Voilà un bandit très méchant et très obscur traqué par de gentils poulets qui anticipent vite ses déplacements... Ce "Follow Me Quietly" souffre en outre d'un récit aux contours linéaires grossiers. Bref, on y trouve si peu de style... Le criminel incarne le mal absolu, de façon monolithique. Vous n'y trouverez aucun paradoxe dans sa personnalité. Cela n'intéressait pas Anthony Mann, visiblement.
Si le récit est très linéaire, pour ne pas dire ténu (le film dure à peine 60 minutes), l'interprétation m'apparaît homogène cependant. Mais encore une fois, sur le plan dramatique, c'est franchement raté. Suspense quasi-nul, script plutôt banal (pour ne pas dire sans intérêt). D'ailleurs, un certain nombre de scènes à faire aurait été indispensables pour asseoir les paradoxes de la narration (par exemple, la rencontre entre la journaliste et le flic, pourquoi celui-ci accepte si facilement qu'elle soit à ses côtés...). Aussi, Follow me Quietly comporte très peu de rebondissements, et si peu de surprises qu'on l'aura compris: on finit par se lasser. Bref, j'ai le sentiment que l'on tient là plus une oeuvre de commande qu'une oeuvre artistique majeure. Bien dommage.