Cette édition de luxe, appelée « la grande collection » doit à mon sens être préférée à l'édition d'origine, quoiqu'en disent les inconditionnels de l'original. Par son format d'abord : c'est un vrai plaisir de voir en grande taille, le travail de dessin : le trait y est beaucoup plus net que dans la première édition qui ressemble, si on la compare case par case, à une vulgaire photocopie plus ou moins floue ! De plus, si le dessin n'est absolument pas modifié (sauf la couverture), les couleurs sont quant à elles totalement retravaillées (ainsi que le lettrage) ce qui donne à mon avis toute sa valeur à cette collection. L'éditeur a eu la bonne idée d'insérer la planche originale de la première page en « bonus » (avec des « premières esquisses » et un « coin du collectionneur ») et la différence saute aux yeux : des à-plats sommaires et souvent arbitraires très années 60/70 sans aucune nuance, on se trouve face à de très belles couleurs très proches de la réalité, dont le sommet est sans doute dans les planches représentant des scènes de nuit, avec l'aura lunaire, les dégradés d'ombre sur les objets, ce qui créé une véritable atmosphère nocturne. La finesse en dégradés des couleurs donne beaucoup plus de volume et de présence, de réalité en somme, et l'on ne devrait pas s'en plaindre.
Dans ce quatrième album, les auteurs « se lâchent » et lancent une très bonne machine à rire qui fonctionne à chaque page, voire plusieurs fois par page : pléiade de bons mots parfaitement en situation, jouant parfois sur les homophonies (« où est le barde, garde ? »), gags « muets » purement visuels (les égyptiens visitant Rome), art du raccourci (la porte défoncée de l'auberge, les gardiens assommés), art du gag « filé » (le romain « secoué » qui vibre encore quatre cases plus loin), goût pour la répétition à but comique (l'accumulation des casques, les chansons du barde, le persil dans les oreilles, les portes défoncées, le geste du bras du lanista). Les auteurs commencent à s'amuser avec Abraracourcix, son bouclier et ses porteurs. On notera aussi la première apparition des pirates, promis à un bel avenir. Les travers de la société moderne sont toujours épinglés (le goût pour les nourritures étranges du dresseur de gladiateurs, les mauvaises relations entre voisins d'un même immeuble, la publicité lors des grands spectacles, le tourisme de masse, l'exploitation commerciale). Tout est synthétisé dans les fameux jeux du cirque avec une parodie délirante des péplums (Ben Hur notamment) où le mot « jeu » prend tout son sens (le « ni oui ni non »). Plastiquement, on remarquera les très belles variations émeraude de la mer, l'éclairage par torches du sous-sol du cirque, la chaude couleur du sable de l'arène). Un premier « must », donc.