Cette édition de luxe, appelée « la grande collection » doit à mon sens être préférée à l'édition d'origine, quoiqu'en disent les inconditionnels de l'original. Par son format d'abord : c'est un vrai plaisir de voir en grande taille, le travail de dessin : le trait y est beaucoup plus net que dans la première édition qui ressemble, si on la compare case par case, à une vulgaire photocopie plus ou moins floue ! De plus, si le dessin n'est absolument pas modifié (sauf la couverture), les couleurs sont quant à elles totalement retravaillées (ainsi que le lettrage) ce qui donne à mon avis toute sa valeur à cette collection. L'éditeur n'a plus eu la bonne idée d'insérer la planche originale de la première page en « bonus » (avec des « premières esquisses » et un « coin du collectionneur ») et c'est dommage, mais en comparant avec les premières éditions la différence sautera tout de même aux yeux : des à-plats sommaires et souvent arbitraires très années 60/70 sans aucune nuance, on se trouve face à de très belles couleurs très proches de la réalité, dont le sommet est sans doute dans les planches représentant des scènes de nuit, avec l'aura lunaire, les dégradés d'ombre sur les objets, ce qui créé une véritable atmosphère nocturne. La finesse en dégradés des couleurs donne beaucoup plus de volume et de présence, de réalité en somme, et l'on ne devrait pas s'en plaindre.
Ce septième album paru en 1965 est une amusante parodie sur la politique et le pouvoir, sa conquête et sa conservation par le combat. J'insiste sur la date et ne peux m'empêcher de conclure à son opportunisme : cette année vit en effet le duel entre le vieux chef tout-puissant De Gaulle et le jeune loup réformateur Mitterrand. De là à assimiler Abraracourcix en chef devant affirmer son autorité et sa place et Aplusbégalix cherchant à la prendre, il n'y a qu'un pas que je franchirais bien... Mais bon, restons au premier niveau de lecture : sous couvert d'une franche rigolade, les auteurs évoquent le thème toujours d'actualité de l'acculturation par l'architecture, l'habillement, la coiffure, l'enseignement, les objets et les comportements quotidiens. A travers le centurion postillonneur au nom peu évocateur (il ne parle jamais, il hurle en permanence), c'est bien l'abrutissement des chefs des armées et leurs comportements lors des combats qui sont visés. Le camouflage des troupes, aussi ridicule qu'inefficace, renforce cette parodie du militarisme : notons ici que « celui qui a des feuilles de chêne au casque » c'est le képi du général !! L'anachronisme est relativement discret mais toujours efficace : le panneau « Rome sweet Rome » chez Aplusbégalix, la psychanalyse avec le druide Amnésix, où l'on voit un patient qui ne sait pas qu'il se prend pour Napoléon, le combat de boxe et surtout les attractions de foire qui l'accompagnent : les « chars » tamponneurs, le stand de tir à la « catapulte » ou au « pilum », les montagnes « slaves », la foire du « pavois », le « marsupilamix », le stand de « pilotix ». Une bonne pléiade de jeux de mots, assez subtils (pp 6 B2, D1, 7 D2, 10 B2-3 C1 et D2, 16 A2, B1, 21 D2, 23 A1, C1, C3 et D1, 25 A2, 26 C2, 29 B2, 38 D2), voire phonétiques (p 24) est subtilement associée à un comique de situation efficace (p 17 C2, 29, 37 B2 par exemple). Le gag filé n'est heureusement pas absent : le hibou, les coups de menhirs d'Obélix et surtout l'explosion des marmites de Panoramix, à mon sens le clou de l'album, plus que le fameux « combat » des chefs. J'ai bien aimé un petit détail graphique : page 40 B2/3, on voit l'avant-bras de l'arbitre au centre des deux cases, exactement en miroir : l'effet de répétition comique est très réussi.