Asterios Polyp n'est pas la meilleure bd que j'ai lue, ni même la meilleure de la décennie. Mais Asterios Polyp reprend tout ce qu'on peut attendre de meilleur dans la bd, y compris une somme non négligeable de références que, après deux lectures, je n'ai toujours pas réussi à énumérer. En fait, ce roman graphique a pour lui bien plus qu'une somme de références, un dessin virtuose, une composition réfléchie et limpide, une réflexion poussée, des personnages attachants et une histoire plaisante : Asterios Polyp a une âme.
Fruit mûr de Mazzuchelli, qui nous parle d'un homme seul face à la vie, cette bd retrace tous les sentiments de l'homme, de sa naissance à sa libération, constatant à chaque planche ce qui peut interroger, ce qui fait douter, ce que nous jouons jour après jour, sans jamais émettre le moindre jugement, sans aucune animosité. Le tout dans un questionnement sur le support même qu'il exploite, l'art graphique.
Le texte se fait donc concis et laisse parler les images, leur traitement, leur représentation et leur interprétation, s'adressant autant aux dessinateurs, aux graphistes, aux architectes qu'à ceux qui les regardent. Sans jamais oublier son sujet, sans digression creuse. Un travail à la fois apaisé et titanesque, à l'intérêt sans doute pérenne, sur lequel le lecteur pourra revenir à l'envi.
Asterios nous emmène à Apogée au sens propre comme au figuré, et tout amateur de livre, quelle que soit sa forme favorite ou son traitement préféré, devrait se pencher sur ces centaines de pages remplies de plénitudes et dénuées de platitudes. Un livre d'altitudes.