…et comment concevoir qu’Astrud Gilberto puisse chanter pour un autre public que d’amoureux ?
Judicieuse compilation des albums enregistrés par la Brésilienne pour le label Verve de 1963 à 1969,
Astrud for Lovers offre donc la réminiscence d’un monde suave, où les mélodies s’envolent dans l’éther, comme autant de bulles irisées. Qu’elle soit accompagnée par João Gilberto (le mari), ou le plus sensuel des saxophonistes, Stan « The Sound » Getz (l’amant), dans le plus célèbre album de bossa nova de tous les temps (
Getz/Gilberto), qu’elle gère la masse d’un grand orchestre, ou s’essaie au dénuement d’un simple accompagnement de guitare acoustique (
« Manhã de Carnival », sommet du disque), la chanteuse assume merveilleusement ses limites, faisant de son filet de voix un atout conséquent du sentiment d’intimité dégagé par l’ensemble.
L’honnêteté impose de préciser qu’un disque réunissant des pièces comme
« Corcovado » ou
« The Shadow of Your Smile » peut difficilement s’avérer médiocre, et que le public français a même droit à une chanson de Pierre Barouh et Francis Lai (
« Love is Stronger Far Than We »), aux tout premiers vers susurrés dans la langue de Molière.
Accompagnée d’une invraisemblable cohorte de pointures sans égal (du pianiste Gil Evans, au bassiste Ron Carter, en passant par le vibraphoniste Gary Burton), Astrud Gilberto déroule sans nul doute l’archétype du disque idéal pour instants de tendresse. Et plus, si affinités.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story