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C'est parce qu'il pourrait être là, aux côtés de ce public, sur les mêmes bancs, que Johnny Cash chante ses chansons avec une telle conviction. Là où d'autres auraient reculé – chanter pour des détenus, et en faire un album (même deux !), n'a rien de très médiatique –, lui fonce bille en tête. Par deux fois donc, Cash, l'homme en noir, aura conduit sa carcasse de rebelle devant les taulards. Et dans cette première expérience de 1968, il entraîne ses hommes – dont un impeccable Carl Perkins à la guitare – face à une tumultueuse assistance dont on redoute à tout instant qu'elle n'explose.
At Folsom Prison est comme ça : une marmite en ébullition où Cash multiplie les mots justes, car il fut lui aussi derrière les barreaux en son temps. "Tout ce qu'il vous reste, dans votre cellule, ce sont vos instincts les plus animaux", dira-t-il. Des sentiments qui lui inspireront la chanson-symbole du disque, "Folsom Prison Blues". Ce 13 Janvier 1968, sous les néons crus de la grande cafétéria de la prison, 2000 cœurs vont battre la pulsation d'un voyou qui chante pour eux "L'Herbe verte de la maison" ("Green Green Grass Of Home"). Sous les fusils des matons, on peut presque sentir la tension extrême qui en résulte. Une bombe à retardement.
--José Ruiz
Critique
Dès les années cinquante, Johnny Cash (soutenu en cela par son épouse June Carter) s’est soucié des conditions de détention faites aux prisonniers américains, et a ouvertement milité pour une amélioration du sort des repris de justice. Tout aussi tôt dans sa carrière, il a pris l’habitude de se produire dans des prisons. Artistiquement, le résultat est sans contestation possible l’enregistrement de deux de ses plus beaux albums.
At Folsom Prison en est le premier, et un disque exceptionnel. Au côté de quelques hits en parcours obligé (
« Jackson »,
« I Still Miss Someone » - ode à la muse June – et, assez logiquement,
« Folsom Prison Blues »), le chanteur a choisi son répertoire le plus sombre : chansons de violence, de mort, d’addiction (avec
« Cocaine Blues », Cash sait vraiment de quoi il parle), et de crime, mais également de rédemption (
« Long Black Veil »). Surtout, on ne peut qu’être ému de constater avec quel naturel l’homme de l’Arkansas se produit devant l’une des plus difficiles audiences qui soit : nulle démagogie, ni provocation, mais simplement un cœur d’homme qui bat. La Carter Family est là au grand complet (ainsi que le guitariste Al Casey) pour soutenir Cash dans l’exercice, et cela donne quitus de la qualité de l’ensemble.
At Folsom Prison a bénéficié d’une réédition, restaurant l’intégralité du concert (avec trois chansons supplémentaires). Exploité en 45 tours,
« Folsom Prison Blues » atteignit la première place des classements country. Quant à l’album (également triomphant dans les charts country, et treizième de la catégorie pop en 1968), il obtint la même année le Grammy Award de la meilleure performance country masculine.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story