Critique
S'il ne fallait choisir qu'un seul album original d'Etta James (aux côtés de multiples compilations essentielles), ce serait certainement celui-ci. Publié par Chess en 1961, At Last! et son morceau-titre incontournable fait décoller la carrière de la chanteuse qui jusque là se cantonnait aux bonnes places des charts R&B (
« Good Rockin' Daddy »), et n'était connue que du public noir.
Premier album de la Californienne à pénétrer le Billboard (n°68),
At Last! comporte pas moins de six hits. Outre le standard précité, repris par une cohorte de divas dont Beyoncé, il délivre des versions enrobées de
« My Dearest Darling »,
« Trust in Me » et
« All I Could Do Was Cry », ainsi que
« Spoonful » et
« If I Can't Have You », deux des quatre duos réalisés avec Harvey Fuqua, le petit ami de l'époque, chanteur de The Moonglows parti ensuite chez Tamla Motown. Sans compter la bombe à retardement signée Muddy Waters,
« I Just Want to Make Love to You », hissée au sommet des charts en 1996 par la grâce d'une publicité pour Pepsi.
La grande force de l'opus réside dans son savant mélange de blues détonnants (
« I Just Want to Make Love to You ») et de romances pop (
« At Last ») transcendés par la gorge de cette chanteuse extraordinaire au timbre rauque et profond, qui, tel une tornade, emporte tout dans son sillage, du saxophone éruptif aux cascades de violons. Etta James reste un modèle pour les chanteuses soul qui ont suivi, d'Aretha Franklin à Tina Turner. Cet album qui abolit les frontières entre jazz, rock'n'roll et rhythm'n'blues en atteste fièrement.
Loïc Picaud - Copyright 2013 Music Story
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