Voilà bien une oeuvre miraculeuse... Etta James, petit bout de bonne femme rondelette formée sur les "planches" des eglises baptistes,apparue avec "Roll with me Henry" combattait déjà le démon qui va la ronger des années durant: celui de l'heroine. Mais c'est bien à une (première) résurrection que l'on assiste avec ce disque solaire et puissant produit par Riley Hampton.Les américains rentrent donc dans les sixties avec le comeback de la bad girl Etta. Chaque titre s'y apparente à une profession de foi (au sens propre comme figuré)que la petite pépite découverte par Johnny Otis professe de sa voix musclée et ardente. Les premières épreuves pour cette toute jeune femme semblent en effet l'avoir doté d'une soul et d'une rage de vivre extraordinaire."Stormy Weather" est plus qu'une reprise,c'est une confession; "All I could do was cry", 1er succès majeur de l'opus, s'apparente à une plainte déchirante sur ses 5 annus horribilis(1955-1960) tandis que "Trust in me" pourrait être dirigée vers Argo qui lui redonne sa chance : "my lonely days are over" assure t'elle dans la célebrissime ballade éponyme (morceau qui arracherait des larmes à une pierre tombale!). Les titres fameux tel" Dearest Darling,"A sunday kind of love","I Just want to make love to you"(reprise de Dixon) affichent une sensualité rageuse, vibrante qui résonne comme un appel à la vie,à l'amour et à la liberté..avec toujours cette voix mâle située entre la caresse d'une chatte et le rugissement d'une lionne.Ses duos avec Harvey Fuqua nous laissent penser que oui, c'est bien elle qui porte la culotte! Etta s'affirme, a repris le contrôle d'elle même, de sa vie , de son bel organe et ça démenage.
Matriarch of the blues is born!