Oublions d’entrée le syndrome « Eminem british » pour convenir que le rap américain étant depuis des années englué à 90% dans les clichés bling bling les plus éculés, on peut raisonnablement se tourner vers la production anglaise qui sait encore sacrifier aux règles du genre : créativité musicale et textes qui racontent quelque chose (et pas juste : « ma voiture, ma villa, mes bitches, mes diamants, les dollars, ma weed »).
Proche de Mike Skinner (The Streets) et Lily Allen (qu’il n’oublie pas de remercier de son aide dans « Today I Cried »), Stephen Paul Manderson, 28 ans, célèbre sur son île seulement, propose un deuxième album solide et personnel, marqué par le suicide de son père en 2008, qui lui offre un territoire d’inspiration sombre.
Alors certes, on pourra observer que le flow et la voix de Professor Green rappelle énormément un rappeur de Detroit, dont en outre on croise le fidèle lieutenant Royce Da 5’9 sur « Nightmares ». Passant des beats garage (« Troubles ») à des ambiances plus introspectives (« Forever Falling » ou « Into The Ground »), largement secondé aux chœurs féminins par Emeli Sandé, Luciana, ou Ruth Ann, Professor Green doit cependant passer de la rage du débutant au confort de l’artiste à notoriété, ce qui peut se révéler émollient dans l’inspiration.
Samplant les Pixies sur « Spining Out», s’autorisant des guitares acoustiques à l’occasion, et une couleur plus intime sur « Astronaut » et « Today I Cried », il évite l’écueil de la redite et du son linéaire tout au long de l’album. Sur la version française (on imagine) de l’album, le titre « D.P.M.O. » invite OrelSan pour un featuring d’importation. Green s’est appuyé sur un casting élargi de producteurs, des Autrichiens, des Américains, des Anglais, des stars (DJ Khalil) pour colorer sa palette.
Eminement (!) moins prévisible que le tout venant du rap américain, cette confirmation d’un espoir européen, s’il ne résout pas tous les problèmes d’un genre musical qui ne sait plus trop où aller, apporte un peu d’air frais et s’écoute avec intérêt.
Jean-Eric Perrin - Copyright 2012 Music Story