Fidèle à la grande tradition de l'expérimentalisme psychédélique,
Atom Heart Mother est une oeuvre au contenu aussi mystérieux que le nom. Le titre éponyme de l'album contient des arrangements de cors soutenus par les riffs de guitare de David Gilmour et par la section rythmique. L'intervention des choeurs rappelle le travail vocal de György Ligeti, alors que les impulsions presque atonales des claviers masquent de brefs tourbillons sonores. Roger Waters passe ensuite à un folk mélancolique, avant un morceau à la Kinks de Richard Wright puis un autre folk étrange, de Gilmour cette fois ("Fat Old Sun"). Le nostalgique "Alan's Psychedelic Breakfast" plonge la fin de l'album dans une féerie spirituelle. L'éventail de sentiments exprimés dans cet album est très large. Ainsi,
Atom Heart Mother, parfois mystérieux voire lugubre, parfois drôle et tendre, semble ouvrir la voie aux futures oeuvres de Pink Floyd, évolution qui mènera bientôt à l'enregistrement du sublime
Dark Side Of The Moon.
--Andrew Bartlett
Une vache. Pas de titre. Juste une vache – au doux nom de
Lulubelle III - qui vous regarde comme si elle regardait passer un train. Voici la jaquette d’album la plus anticonformiste de l’histoire du rock. Atom Heart Mother ou l’histoire d’une rencontre et d’une nouvelle expérience du groupe. En effet, en 1969 Nick Mason présente Ron Geesin, un musicien avant-gardiste dont il a fait la connaissance un an auparavant, à Roger Waters. Le courant passe très bien entre les deux hommes et c’est assez naturellement que Ron Geesin demande à Roger Waters d’écrire des paroles pour l’album expérimental
Music From the Body qui sort en 1970. C’est en simple retour d’ascenseur que Waters lui propose d’aider le groupe sur leur nouvel album. Le groupe a composé un morceau très long et audacieux dont ils ont déjà joué des bribes en concert sous le nom de
«The Amazing Pudding». Mais l’ensemble est encore un peu flou avec un goût d’inachevé. L’ensemble des enregistrements est confié à Ron Geesing avec pour mission de « rajouter un peu de couleur orchestrale et de chœurs » comme l’écrit Nick Mason dans sa biographie
Pink Floyd. C’est ainsi que va naître
« Atom Hearth Mother », une pièce théâtrale et orchestrale en 6 actes. Une face de 23’45 où se mélangent cuivres, violons, chœurs de chorale, bruitages divers et rock progressif. Chaque acte s’ouvre sur un thème récurrent où le groupe est accompagné d’une section de cuivres. L’atmosphère générale de l’ensemble est plutôt lourde, pesante. Le colérique
« Father’s Shout » avec ses hennissements de chevaux et le démarrage pétaradant d’un motocyclette donne d’emblée un côté belliqueux et inquiétant qui s’accentue avec
« Mother Fore » et le chant baroque de la John Aldiss Choir.
«Funky Dung» est un superbe morceau planant entre guitares et claviers qui se ferme sur un chant bizarre composé de borborygme, onomatopées ou bien une série de mots incongrus comme « Toast …Coffee … Yeah… ». Mais la palme revient à
« Mind Your Throats Please » qui ressemble à s’y tromper à un angoissant combat sous-marin (
Parole de sous-marinier : ndla), dont les émissions sonar, l’augmentation du doppler et le lancement de torpille, annoncent la fin funeste dans un maelström explosif avant de laisser, définitivement, place au silence de l’océan.
« Atom Hearth Mother » sera joué en live le 27 juin 1970 au Festival de Blues et Musiques Progressives de Bath. La deuxième face de l’album est composée de titres assez inégaux qui vont d’un
« If » acoustique, poème troublant dans une veine très cohenienne, au très Beatles
« Summer’ 68 » et le
« Fat Old Sun » de Gilmour. L’album se ferme sur le décalé
« Alan’s Psychedelic Breakfast » où l’auditeur assiste à la préparation du petit déjeuner d’Alan Styles, le
road manager du groupe. Porte qui claque, allumette qui craque, piano et claviers, mastication des tartines de marmelade accompagnés d’un air de guitare acoustique nous laisse pantois à l’écoute du ploc-ploc de ce robinet qui fuit. L’album sort le 10 octobre 1970. Il atteint rapidement le top des
Charts au Royaume-Uni et devient Disque d’Or en France.
aka «Le Guise»
Vincent Gilot - Copyright 2012 Music Story