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Commentaires client les plus utiles
66 internautes sur 71 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
une plongée dans les ténèbres,
Ce commentaire fait référence à cette édition : Au coeur des ténèbres (Poche)
Avec cette longue nouvelle, Joseph Conrad ouvre - ou plutôt entr'ouvre, parce que l'horreur ne se révèle jamais qu'à moitié - la porte que notre siècle n'est pas près de refermer : l'ignoble fascination d'une âme entièrement vouée au Mal, qui pourtant ne peut s'empêcher d'éprouver de déchirants remords. Kurtz est un aventurier surdoué, produit idoine de l'Occident qui s'est aventuré dans les profondeurs de la jungle congolaise jusqu'à soummettre une tribu par le seul pouvoir de son éloquence fastueuse et maléfique. Francis Ford Coppola s'est bien évidemment inspiré de la trame de cette oeuvre pour son superbe Apocalypse Now, qui toutefois ne conserve pas la surprenante ambiguïté de l'aventure de Marlow et de Kurtz. Coppola mais aussi, de façon plus souterraine et influente pour notre âge, T. S. Eliot dans ses Hommes creux (Hollow Men) : "We are the hollow men / We are the stuffed men...", ce sont les mots du poète que cite Marlon Brando. Ces mêmes hommes creux, ennuyés, rassasiés par le spectacle de l'horreur, bavards comme l'intarissable Kurtz de Conrad ou le mystérieux monsieur Ouine de Bernanos, reflètent la monstrueuse faconde d'un Hitler et symbolisent admirablement le vacillement et le déracinement spirituels d'une Modernité bavarde et sans âme, prête à suivre les maîtres chanteurs d'une parole devenue folle. Coeur des ténèbres est la parabole d'un âge du monde où l'homme est désormais totalement seul face aux visages grimaçants qui peuplent les cauchemars de Goya, où il est totalement vulnérable aux voix envoûtantes venues des plus profondes ténèbres.
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5 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Le choc des civilisations,
Par Gauthier Daniel "auteur de "Retour à Ausc... (Versailles) - Voir tous mes commentaires (TOP 1000 COMMENTATEURS) (TESTEURS) (VRAI NOM)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Au coeur des ténèbres (Poche)
A ma gauche la tribu des "civilisés" (beaux discours, actes peu reluisants), à ma droite celle des "sauvages" (pas de discours, actes peu reluisants également), toutes deux prisonnières de leurs rituels et de leurs codes.
Au milieu, le narrateur, horrifié d'appartenir à la première, comprenant peu à peu qu'il n'est pas si éloigné de la seconde... Au milieu également, Kurtz, demi-traître à son peuple, rongé par ses contradictions. Récit romancé d'un voyage de six mois au Congo, en 1890, ce livre est clairement daté : à côté de la dénonciation du colonialisme (rarissime à l'époque), Conrad ne cherche pas vraiment à comprendre l'âme africaine. Cette réserve faite, l'écriture est somptueuse, la structure narrative complexe à souhait, les niveaux de lecture presqu'infinis. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
5 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Mythique et précurseur,
Par Poignant (Poitiers France) - Voir tous mes commentaires (TESTEURS) (TOP 500 COMMENTATEURS) (VRAI NOM)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Au coeur des ténèbres (Poche)
Récit du parcours initiatique du capitaine Marlow sur le Congo colonial de la fin du XIXème siècle et de sa rencontre avec Kurtz.
Responsable d'un comptoir sur le fleuve, Kurtz est devenu le prophète d'une tribu d'indigènes dont il se sert pour piller de l'ivoire par tonnes entières à des lieues à la ronde. Moribond et rongé par les fièvres, il fini par mourir tout en laissant sur Marlow, par son charisme crépusculaire, une impression indélébile. Conrad, aristocrate polonais devenu aventurier et capitaine au long cours, écrit dans un style chargé et fiévreux qui fait que cette nouvelle n'est pas facile à lire et peut en rebuter certains. Mais en fait son intérêt est dans le climat lourd, sombre et troublant qu'elle sait créer. Le passage de l'attaque du vapeur est fabuleux ... Sans doute inspiré par son expérience et certains faits des dernières années 1890 (dont le parcours sanglant de la mission française Voulet-Chanoine en Afrique centrale), Conrad décrit des colonisateurs bien loin de l'image (officielle de l'époque) des Européens apportant la civilisation aux peuples sauvages. La bêtise, la lâcheté et la cruauté de ceux qu'il appelle les pèlerins est mise en lumière sans ménagement. L'aspect mystique de cette exploration humaine inspirera Malraux, Herman Hesse, Werner Herzog, F.F Coppola et tant d'autres. Même la sorcière de Kirikou sort d' « Au coeur des ténèbres »... Le texte mérite seulement trois étoiles, mais le contexte de l'oeuvre et son impact en valent cinq. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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