Dès le début, nous parcourons avec Charles Darwin (Paul Bettany), les lieux de ses découvertes, les moments forts de sa vie scientifique, ses doutes et ses certitudes sans véritable chronologie. Le moteur du récit est le bouillonnement intérieur d'un homme de génie craignant que la société ne soit incapable de le suivre dans le pas de géant qu'il va faire franchir à la science.
Le film ne va pas s'attarder sur les polémiques passionnelles qui dureront des années après la parution de ses conclusions. Il ne présente pas non plus sa théorie de façon détaillée. Même le titre de son ouvrage ne semble pas important.
Nous assistons au combat sans merci qu'il se livre à lui-même. Peut-il « tuer Dieu » ? Peut-il « détruire le Créateur qui cimente le Monde » ? Les intervenants dans ce combat seront principalement des scientifiques, un ami pasteur et son épouse Emma (Jennifer Connelly). A petits pas nous entrerons avec subtilité dans cette réalité proprement infernale de la genèse d'une théorie si révolutionnaire, qu'il sait qu'elle bouleversera des siècles de réponses sans questions, car à l'époque, on n'aborde pas la question du Créateur en s'interrogeant sur ses desseins, ou pire, en lui enlevant sa qualité de Créateur de toutes les espèces vivantes. On peut imaginer ce qu'une telle idée a pu provoquer...
Son aiguillon principal sera la perte de sa foi, suite à un événement dramatique qu'il ne parvient pas à surmonter. Son refus d'accepter l'inévitable va le conduire aux portes de la folie. Souffrant en outre d'une maladie (peut-être la maladie de Chagas ou celle de Ménière), il va devoir prendre des mesures, une décision : vivre et écrire ou attendre et...
Le film montre un père aimant, un mari attaché à son épouse, un homme fragilisé par l'importance des ses découvertes : les mécanismes expliquant comment le monde est devenu adulte sans intervention céleste. Un homme que nous allons suivre dans les lieux intimes de son combat gigantesque (atelier, bureau). Quant à son ouvrage : «L'origine des espèces au moyen de la sélection naturelle », il va connaitre dans le film un chemin chaotique et constituer un point d'orgue touchant...
Cinématographiquement, on reste dans un registre intime, familial. Le décor du scientifique est sa famille. Quelques prises de vue très réussies montrent en accéléré un condensé de l'évolution de la vie au départ d'un animal mort qui devient le terreau d'autres vies. Quelques plans très vastes nous emmènent malgré tout dans des contrées lointaines. Un film où des instants lumineux, bucoliques ou maritimes montrent la vie qui trouve son chemin. L'un ou l'autre bref épisode met en scène des animaux tels que lièvre, renard, pigeons ou insectes pour expliquer ses raisonnements ou avancées. Ils permettent de comprendre les mécanismes essentiels de cette sélection naturelle. Les pigeons subissent d'ailleurs un sort particulièrement peu enviable ...Mais, l'aspect scientifique n'est pas central, pas plus que le côté biographique.
La musique de Christopher Young est dosée avec parcimonie. Très variée et mise en valeur par des épisodes où elle est absente, elle suit les émotions sans les exploiter. Elle reste discrète et mêlée au propos donc. Une musique qui s'entend plus qu'elle ne s'écoute.
Excellente présence et émotions multiples d'un Paul Bettany qui se torture avec un talent remarquable. A noter également, une ressemblance assez frappante avec Charles Darwin (d'après des représentations d'époque). Jennifer Connelly a des regards d'une grande tristesse. Elle est d'une discrétion qui ne masque pas ses difficultés à être l'épouse d'un homme si puissant intellectuellement et si fragile à la fois.
Un film qui réussit la prouesse de nous montrer avec une certaine lenteur, un des emballements les plus gigantesques de l'histoire de la réflexion scientifique.
Le destin d'un Grand Homme torturé par les certitudes qui vont bouleverser une vision jusque là irrévocable : la vision d'un monde soumis exclusivement aux lois d'un Créateur...