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Une histoire d'amour, quoi de plus banal ? Que dire de neuf, d'original, que d'autres n'auront pas dit cent fois avant vous ? Comment éviter l'impasse, le tristement classique ? Jean-Paul Enthoven ne cherche ni le neuf, ni l'original. Et tant qu'à faire classique, il en rajoute : dans l'épure, le cinglant, le mordant – l'ellipse stendhalienne, la cruauté racinienne. Une femme fatale, vénale, féroce et fragile. Un homme faible, à la fois riche et démuni : à la dérive. Une atmosphère à la Fitzgerald, des personnages un peu maladifs, un peu pervers. Mais des regards, des mots qui portent, qui font mal. Un univers de souffrance d'autant plus sombre qu'elle reste contenue. Rendre une histoire d'amour "intéressante" ? Mission impossible. Sauf à porter l'écriture et l'analyse, comme ici, à un degré proche de la perfection – réaliser à froid le découpage en fines lamelles bien saignantes d'un "cœur mis à nu". On pense parfois à la plume désenchantée de Buzatti. C'est dire les qualités littéraires de cette implacable et miroitante
Aurore.
--Scarbo
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Cest un homme dans la cinquantaine, un Don Juan sans méchanceté, habile traqueur dhistoires sans fougue ni danger. Un soir de cocktail, dans un de ces immeubles pour riches dont les fenêtres éclairent le Palais Royal, il croise Aurore. Elle est accompagnée, il est seul, mais un regard suffit. Sa beauté est éclatante, son esprit cruel. Il faudra du temps à lhomme vieillissant pour débusquer, derrière le personnage féerique et envoûteur, la triste femme cynique.
Sortie de la vie et sans doute, quelque peu de limagination de Jean Paul Enthoven, éditeur reconnu et homme de lettres, Aurore donne vie à ce premier roman éponyme. Autant dire tout de suite ce quon pense du style : il est parfait. Lisse, pur, précieux. Il arrive à passer pour ce quil veut être obstinément, de la littérature, avec respect grammatical et académisme. Bien sûr, louvrage se dévore, la mécanique fonctionne, notamment grâce à une tactique qui place le lecteur en position de voyeur. Il se doute très vite de ce que lhomme quitté, dévasté de chagrin, ne veut pas voir. Reste à lire jusquau bout pour comprendre comment celui-ci va découvrir ce secret et sen remettre.
Cest plus quagréable, mais on se sent comme le spectateur dun ballet classique : loeuvre est exécutée dans le strict respect de largument, mais on se prend à rêver dune petite chute, dun peu plus de vie, dun chaos plus ressenti. On rêve dun peu de sueur dans les scènes obscènes, dun tourbillon romanesque plus que dun souffle. Cest enthousiasmant mais cette plume là peut sûrement changer de dimension et écrire une tornade. --
Laurent Galiana--