N'en déplaise aux négationnistes , aux néo fachos , et à ceux qui "jalousent" l'attention portée à la Shoah , on rappellera que le premier crime contre l'humanité reconnu juridiquement ne doit pas cconcerner que les amis des Juifs ou les Juifs eux mêmes , mais bien l'humanité en chacun de nous !
Les génocides n'ont pas commencé avec la Shoah et malheureusement ne se sont pas arrêtés après la libération de Birkenau . Pourquoi , si ce n'est des relents d'antisémitisme nauséeux , s'intéresser à la Shoah occulterait les drames Rwandais , Yougoslaves ou Syriens ?
Il ne s'agit pas de dire que le génocide des Juifs a été "supérieur" à celui des autres . Il s'agit de savoir ce que l'on peut apprendre d'une catastrophe commise par une nation éclairée , instruite et raffinée entraînant le monde dans la barbarie .
Certes , après une journée de boulot , on a pas forcément envie de se plonger dans les atrocités du Dr Mengele , du meurtre de millions d’innocents . Et pourtant , parler de la Shoah avec nos enfants n'est pas morbide . C'est au contraire une leçon d'espoir et de dignité que nous devons leur donner . Ces meurtres encore tabous sont ils moins horribles que nos programmes TV ? De quoi parlent ce que nous regardons le soir pour nous détendre : de flics , de criminels , de tueurs en séries et ... de meurtres ...
C'est donc avec la plus grande bienveillance que j'ai entrepris la lecture d'Auschwitz . Le travail de préparation de Pascal Croci augurait du meilleur : 5 ans de préparation pour livrer un travail pédagogique et réaliste qui prendrait le contrepied de
L'Intégrale, Maus : un survivant raconte.
Ici , point de Souris et de Chats . Le trait de Croci est fin , élégant et il faut saluer son travail de dessinateur . Il a pris soin de créer des visages de gens ordinaires , de fournir un un effort particulier autour des regards criants de vérité . Les yeux de ses déportés expriment la peur ,la résignation , la fatigue et parfois un certain courage . Les baraquements , la chambre à gaz , les latrines , tout a été très bien reconstitué par l'auteur . L'atmosphère irrespirable de cendres est très bien restitué .
Je suis pourtant ressorti frustré de cette lecture . J'attendais d'une aussi longue préparation un album inoubliable . J'y ai trouvé quelques approximations historiques : les fameux calots des déportés sont inexacts ( mais Croci s'en explique à la fin ) . Les déportés semblent quand même bien portants ( enfin plus que dans la réalité ...) , encore capables de réfléchir voire de faire de l'esprit . Ils portent aux pieds non pas ces fameux sabots qui les faisaient horriblement souffrir mais des chaussures en cuir ...
Si l'album est graphiquement réussi malgré ces quelques approximations , le scénario est très décevant . Croci pratique des ellipses gênantes qui ne donne de la "vie" du camps qu'une vision parcellaire ; Si c'est tout à son honneur de s’intéresser au sort méconnu des déportés Tchèques , il occulte des scènes essentielles : la tonte , le tatouage , la course nu dans la neige , les sélections , les bagarres , les dénonciations , et l'épuisement .
Si les deux héros suscitent de par leur position de victime une empathie automatique , Croci peine à les faire exister en temps que personnages : ceux ci n'ont pas d'histoires , ni de personnalité . L'artifice que Croci utilise pour les faire raconter leur histoire reste très artificiel et peu crédible .
Enfin , notre auteur semble oublier que des séquences fortes , des anecdotes poignantes ne suffisent pas à bâtir un scénario . Spiegelmann mais également Joe Kubert dans
Yossel : 19 avril 1943 ; Une Histoire du soulèvement du ghetto de Varsovie arrivaient à créer une histoire dans l'Histoire , où les personnages n'évoluaient pas seulement dans un empilement de séquences . Récemment , un comic mainstream a produit une histoire étonnamment forte sur le sujet :
X-Men : Magnéto : le testament.
En dépit d'intention louables , de son graphisme réussi , Auschwitz peine à convaincre tant sur le fond que sur la forme . Il échoue à être un ouvrage de référence sur le sujet . Rien dans sa lecture ne remplace l’expérience faîte après une lecture de
Primo Levi : Oeuvres ou le visionnage de
Shoah dont il s'inspire beaucoup .Dommage car les idées et l’énergie étaient là pour un projet qui aurait pu s'avérer passionnant .