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Drôle de nom de famille que celui d'Austerlitz, marqué du sceau de l'empereur Napoléon Ier, renvoyant à l'histoire et aux batailles militaires ! Un nom lourd à porter, certes mais, à vrai dire, celui-ci a été endossé dans l'adolescence. C'est précisément tout le parcours de cet homme curieux, Jacques Austerlitz, qui est raconté ici... Ni plus ni moins que le portrait d'un être énigmatique, passionné d'architecture, maniaque des gares ferroviaires, philosophe, au savoir quasi encyclopédique, historien, en quête de sa propre histoire, de son passé, à la recherche d'une jeunesse foudroyée aux premières heures de la Seconde Guerre mondiale. Cette quête le mènera du côté de la Bohême, là où il fit partie d'un convoi destiné aux camps d'extermination, avant de se retrouver à Bala, au pays de Galles, élevé par un pasteur. Travail de mémoire donc, où les souvenirs remontent par bribes, chargés de leurs interrogations, rapportés par un narrateur fasciné. De l'intime à l'universel, voilà une entière et pleine humanité, délivrée au fil des rencontres entre les deux interlocuteurs, au fil des années découvrant la part obscure d'un homme, ses tragiques fardeaux. Il y a quelque chose de désabusé et de fataliste dans ce récit, émaillé de réflexions existentielles sur le vol des oiseaux, la botanique, les mites, le temps, ponctué d'anecdotes, de faits divers, enrichis de photographies en noir et blanc retraçant à leur manière les marques d'une vie. Dernier roman d'un écrivain connu tardivement, il ne laisse pas de rappeler le souffle de Thomas Berhnard traversant le
Neveu de Wittgenstein. C'est dire combien
Austerlitz est un livre exceptionnel... --
Céline Darner
Présentation de l'éditeur
La vie de Jacques Austerlitz est celle d'une quête inlassable à travers l'Europe pour restituer la vérité sur son passé d'émigrant déraciné, mais aussi pour appréhender l'état de ce monde qui n'a pas voulu de lui. Le chef-d'oeuvre de W. G. Sebald est, hélas, aussi son dernier livre.
Le narrateur et Jacques Austerlitz se sont rencontrés pour la première fois à Bruxelles, dans les années 1960.
Jacques Austerlitz, un universitaire anglais, sillonne alors l'Europe à la recherche de l'architecture "monumentale" de l'ère capitaliste - ces bâtiments de prestige ou de défense des états, les forts, les gares, les buildings, les bourses, les casernes..., toutes ces expressions insistantes du pouvoir politique ou commercial. En étudiant ce qui lui parait de plus en plus une aberration, car "ces constructions surdimensionnées projettent déjà l'ombre de leur destruction et elles sont d'emblée conçues dans la perspective de leur future existence à l'état de ruines", Austerlitz cherche à établir un lien secret, un élément constitutif existant entre tous ces bâtiments-là.
Fasciné par cette recherche, elle aussi monumentale, le narrateur revoit de temps à autre Austerlitz afin d'écouter les récits inspirés du grand savant insolite, sans pour autant aborder des questions plus personnelles. Puis les deux hommes se perdent de vue, et ce n'est qu'en 1996 que le narrateur rencontre par hasard Austerlitz dans un café de Londres. C'est à partir de ce moment-là qu'il apprend à quel point les recherches de Jacques Austerlitz ont pris une tournure différente. Derrière son obsession des bâtiments et des gares, se cachait un souvenir refoulé, celui du jour où ses parents, en plein milieu de la terreur nazie, l'avaient abandonné à la gare d'Austerlitz (d'où son nom de famille) afin qu'il rejoigne l'Angleterre salvatrice.
Pièce par pièce, l'émouvant récit de la vie de celui qui a connu son vrai nom que lorsqu'il fut adolescent se construit et se livre. La vie d'Austerlitz est celle d'une quête inlassable pour restituer la vérité sur son passé d'émigrant déraciné, mais aussi pour appréhender l'état de ce monde qui n'a pas voulu de lui.
Et si l'air de famille de cette architecture monumentale se réalisait justement dans un destin comme celui d'Austerlitz, se matérialisait à travers sa souffrance ? Ici, comme dans chacun de ses livres, Sebald juxtapose à son style saisissant des documents photographiques qui réfractent curieusement le sens du texte.
Austerlitz est le chef-d'oeuvre de W. G. Sebald ; hélas, c'est aussi son dernier livre. Il lui a permis de faire un triomphe aux Etats-Unis, lors de sa tournée de lectures quelques semaines avant sa mort.