Entre la perception que j'avais de ce Autant en emporte le vent - dont j'avais vu le film il y a quelques années mais tout oublié depuis - et ce que sa lecture m'a effectivement fait vivre, il y a un décalage important - et très fortement positif !
Contrairement au roman vaguement historique à l'eau de rose auquel je me préparais, je me suis rapidement aperçu que le compte-rendu du déroulement de la Guerre de Sécession, et de la période de Reconstruction qui a suivi, est vraiment bien documenté et donne un point de vue prenant sur la vue par le Sud - les vaincus - de cette guerre que nous voyons souvent, comme la plupart des guerres, du point de vue des vainqueurs.
Quant à l'eau de rose, l'histoire d'attraction / répulsion entre les immortels Scarlett O'Hara et Rhett Buttler est loin d'être le jeu gentillet sans trop de conséquences auquel nous sommes habitués dans les comédies romantiques américaines dont nous sommes baignés. Bousculés par les circonstances, leur relation évolue considérablement au cours des 1500 pages du roman, tout autant que leurs caractères personnels.
Caractères qui sont à mon sens la plus grande force de ce roman : Scarlett elle-même semble être sans nuances et brute de décoffrage, mais l'évolution de son personnage est loin d'être stéréotypée et en soi constitue un fil qui se suit avec beaucoup de plaisir. Mais surtout, pour moi, c'est le personnage de Rhett qui est le plus intéressant et le plus haut en couleurs. Par son cynisme et son excellente habitude de démontrer crument les incohérences du système de valeur de la haute société du Sud, et par ses faiblesses toutes humaines derrière une image d'homme qui a tout vu, c'est un plaisir exquis de lire ses répliques acérées à l'encontre des hypocrites qui l'entourent. Et cela seulement justifierait à ce roman 5 étoiles. Alors en additionnant les autres éléments... on a là une excellente lecture, et pas seulement pour les femmes en mal de romantisme !