Ce livre développe un des thèmes chers à Boris Cyrulnik: le concept de résilience. Ce mot, si méconnu de notre langue française, trouve ses origines dans le latin "resilio", "sauter en arrière", d'où rebondir, surmonter un choc. "Résilience" est aussi utilisé en anglais pour désigner la détermination mentale, la résistance physique. Voilà donc un thème alléchant.
Comment des gens qui ont supporté des catastrophes naturelles, des génocides-celui du Rwanda est fortement développé ici-, des tortures sous des régimes dictatoriaux, ont-ils pu passer du statut d'"épouvantail" (sorte de dépersonnalisation, de déchirement du moi) à celui d'un être estimé, pouvant vivre heureux?
Boris Cyrulnik apporte plusieurs pistes. Selon lui, la résilience est possible grâce à différents facteurs convergents:
-l'action : des êtres qui ont été victimes de catastrophes naturelles ont besoin pour se reconstruire, d'avoir aidé à la remise en place du chaos.
-la solidarité: à travers plusieurs exemples variés, l'écrivain-éthologue montrent que les gens s'en sortent beaucoup plus lorsqu'ils ont été soutenus moralement par une communauté, que leur malheur a été reconnu comme tel. En revanche, quand les dissensions ont été fortes, la dépression et la chute en avant prennent le dessus.
-la rhétorique: il est important d'avoir pu verbaliser, exprimer ses difficultés et de n'avoir pas été censuré.
En revanche, les placebos ("ce n'est rien du tout") ou les nocebos ("tu n'y arriveras jamais") empêchent le processus de reconstruction du moi et la résilience.
Au delà de ce développement, l'auteur tente de comprendre les causes du terrorisme et de la perversion dans les régimes dictatoriaux. Cette analyse assez poussée n'est pas dénuée d'intérêt, car B.Cyrulnik montre qu'un être humain peut être un bon père de famille, mais dans un régime où certaines valeurs sont mises en avant et portées aux nues (régime nazi notamment),l'être humain peut devenir aussi un tortionnaire sans mauvaise conscience: l'obéissance aveugle, le contexte historique vantant les mérites de tels actes (sorte de morale perverse), l'absence d'empathie conduisent à de telles dérives. Dans les actes terroristes, "le réel est effacé, seul compte l'idéal", l'absence de compromis relationnel conduit au pire.
Les sujets abordés sont passionnants, je regrette cependant une certaine dispersion dans les idées et une absence de structure, masquée derrière des titres abondants (une cinquantaine). La pensée se dilue un peu parfois d'où mon 4 étoiles.