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Touché par une grâce que R.E.M. a souvent tutoyée,
Automatic For The People est l'album de la maturité sereine, le digne héritier de "Murmur" qu'on était en droit d'attendre après le tube "Losing My Religion". Un disque qui, en pleine vague grunge et alors que Nirvana cartonne sur scène et au box-office, prend tout le monde à contre-pied. Au rock fait de larsens et de chansons héritées du punk de Sonic Youth et Kurt Cobain, R.E.M. répond par de somptueuses ballades fidèles à ce qui fit le succès du groupe sur les campus américains. Leur folk de chambre intellectuel hérité des Byrds fourmille de références littéraires étranges sans être hermétiques. Bien que multiplatiné et multimillionnaire, le succès n'est jamais monté à la tête de R.E.M. qui, avec une désarmante constance dans la qualité jamais démentie au fil des ans, sait aussi être où on ne l'attend pas. A écouter les yeux fermés et la tête dans les étoiles.
--Philippe Robert
Critique
Du caractère imprévisible de l’inspiration artistique : après les climats champêtres et les orchestrations délicates de
Out Of Time, R.E.M. pense tout d’abord re-brancher ses guitares électriques et tout miser sur l’énergie. Il choisit finalement de faire exactement l’inverse.
Et annonce d’emblée la couleur – sombre, la couleur. Une pochette monochrome des plus austères, un morceau d’ouverture grave et recueilli (
« Drive »), choisi comme premier extrait de l’album : de toute évidence, avec
Automatic For The People,
le groupe n’a pas le coeur à la fête, et a bien l’intention de le faire savoir. Si le disque s’éclaire par endroits (
« The Sidewinder Sleeps Tonite » ou
« Man On the Moon », presque enjoués), l’impression d’ensemble reste celle d’un album lent, mélancolique, aux sonorités acoustiques dépouillées, et où même les (rares) invités (comme John Paul Jones, qui signe les arrangements de cordes) font preuve d’une sobriété exemplaire.
Ainsi, en se débarrassant du superflu,
Automatic... touche droit au coeur (
« Nightswimming », sublime) et atteint des sommets d’émotion que ses auteurs eux-mêmes ne parviendront à retrouver que par intermittence dans leurs disques ultérieurs.
Thibaut Losson - Copyright 2012 Music Story