Pour mettre les choses au clair, je ne ferai pas partie des détracteurs de ce nouveau roman du maître du thriller français.
Et oui, ça y est, je viens de lâcher le mot : thriller. Les Chattamistes de la faction la plus dure encensent souvent l'auteur dans ce genre. On l'a connu en effet dans son excellente trilogie du Mal, que j'ai personnellement adorée et dévorée.
Mais c'est oublier que le premier genre dans lequel l'auteur se fit connaître, sous le pseudonyme de Maxime Williams, fut le fantastique, avec Le cinquième règne. Et une chose est sûre, même si l'on sentait y poindre des accents à la Stéphen King, force était de constater que pour un premier roman, Chattam s'en sortait plutôt bien.
Et voilà que Maxime renouvelle son écriture dans ce genre. Et là, on entend déjà les hauts-cris de ceux qui pensent que Maxime s'égare, que Maxime s'échoue dans un genre qui ne lui convient pas, que Maxime écrit un roman bien en-dessous de ce qu'il est capable de faire.
Que nenni, chers lecteurs. Maxime propose simplement quelque chose de différent. Mais « différent » signifie pour beaucoup « moins bien ». Eh bien pas en ce qui me concerne. J'ai bien aimé ce nouveau roman, même si quelques points m'ont un peu ennuyée. Alors je rentre dans les détails...
Le sujet d'Autre-Monde ne me séduisait guère au départ, je dois l'avouer : une Grande Tempête, le soir du 26 décembre, lance ses éclairs bleus sur le monde. De longs filaments électriques, comme munis de doigts étranges, viennent fouiller la Terre et les buildings de Manhattan... Encore une fois, un petit côté Stephen King style La tempête du siècle (et d'ailleurs, je pense que l'auteur lui-même s'en amuse puisqu'il n'hésite pas à placer entre les mains de son héros un livre du maître King en personne...). Mais encore une fois, la comparaison s'arrête là. Au lendemain de la tempête, tout a changé. Rien ne sera plus pareil sur la Terre. Car cette dernière s'est rebellée et seuls les enfants peuvent aujourd'hui prétendre à trouver leur place dans ce nouveau monde.
Et c'est là où on retrouve les mêmes ingrédients que pour son premier roman fantastique : des héros adolescents. Ce qui semble apparemment être l'élément qui déplaît le plus aux afficionados de Chattam.
Pourtant, celui-ci a réussi à faire un héros attachant, Matt, secondé par son ami Tobias, et une chienne peu ordinaire, Plume. Petit groupe auquel viendra s'adjoindre un troisième personnage, et avec lequel l'Alliance des trois, sous-titre su roman, pourra se faire.
Alors pour le coup, c'est vrai qu'Autre-Monde se rapprocherait davantage de la littérature de jeunesse. Mais comme je suis une lectrice habituelle de ce genre de livre, j'ai complètement adhéré à l'histoire et à l'univers construit. On reconnaît l'inventivité de Chattam dans la créature maléfique qui semble poursuivre Matt, ou encore dans les ennemis, Cyniks, Gloutons ou Echassiers...
La première partie du livre m'a complètement emballée. La "Chattam touch" est là : des chapitres courts qui s'enchaînent dans un rythme haletant.
La seconde partie, sur l'île, est plus lente, et j'ai parfois trouvé certaines longueurs, mais on y retrouve aussi une vraie maîtrise du suspens. Même si certains retournements de situations sont ou bien assez prévisibles, ou bien assez convenus. Mais l'ensemble possède une certaine originalité, comme un nouveau Sa majesté des mouches de William Golding.
L'ensemble est vraiment très agréable à lire, et je me dis que vraiment, même quand Maxime Chattam change de genre, j'aime bien. J'attends maintenant de voir la suite, car pour l'instant, certains éléments de l'intrigue sont encore un peu nébuleux et je ne vois pas trop où Maxime Chattam veut nous emmener. Mais je lui fais confiance. Je suis sûre qu'il va nous concocter une trilogie aux petits oignons. Moi aussi je vais suivre les scarabées...
Autre-Monde est un roman que l'on peut donc proposer à un public adolescent sans problème, mais que les adultes ne devraient pas bouder non plus. J'ai pris vraiment beaucoup de plaisir avec ce roman. Et pour moi, sans conteste, le fantastique est un genre qui sied parfaitement au maître du thriller.
Qui a dit que lorsqu'on excellait dans un domaine, on devait forcément être moins bon dans un autre ? Après tout, le style Chattam est là. L'univers Chattam est là. Le suspens Chattam est là. Que demande le peuple ? Il ne faut pas vouloir toujours être plus royaliste que le Roi...
Juste une dernière chose : quelle est cette fantaisie de l'éditeur d'avoir laissé une marge qui m'a semblé absolument énorme entre le haut de page et le début du texte typographié ? Certes, l'ouvrage aurait comporté moins de pages. Je n'y vois qu'une réponse, et qui revient à penser que décidément, on a peur d'effrayer les fans : Chattam a l'habitude de concocter des pavés... Cela aurait-il fait peur que l'ouvrage soit moins épais ?
Allez, fans de Chattam et autres lecteurs encore non-conquis : fi des préjugés et laissez-vous tenter...