Ce livre qui ne se comprend qu'après « Totalité et infini » renchérit sur l'hyperbole jusqu'à lui donner un tour paradigmatique. C'est en tant que dédire que l'assignation à la responsabilité adopte le tour de l'hyperbole, dans un registre de l'excès non encore atteint. Ainsi l'assignation à responsabilité est-elle rapportée à un passé plus vieux que tout passé remémorable, donc encore susceptible de reprise dans une conscience présente ; l'injonction relève d'un en-deçà de tout commencement, de toute archè : le dédit de l'archè se nomme an-archie. Relève encore de l'hyperbole l'évocation de l'être assigné, qui ne serait l'envers d'aucune activité, donc d'« une responsabilité qui ne se justifie par aucun engagement préalable ».
A partir de là, nous fait remarquer Ricoeur, « le langage se fait toujours plus excessif : `obsession de l'Autre', `persécution par l'Autre', enfin et surtout `substitution du moi à l'Autre'. Ici est atteint le point paroxystique de toute l'oeuvre : ` sous l'accusation de tous, la responsabilité va jusqu'à la substitution, le sujet est otage'...Cette expression, excessive entre toutes, est jetée là pour prévenir le retour insidieux de l'auto-affirmation de quelque `liberté clandestine et dissimulée' jusque sous la passivité du soi assigné à la responsabilité ».
A Ricoeur, « le paroxysme de l'hyperbole paraît tenir à l'hypothèse extrême - scandaleuse même - que l'Autre n'est plus ici le maître de justice comme dans Totalité et Infini, mais l'offenseur, lequel, en tant qu'offenseur ne requiert pas moins le geste qui pardonne et qui expie. Que ce soit bien là le lieu où E. Lévinas voulait conduire son lecteur n'est pas douteux : `Que l'emphase de l'ouverture soit la responsabilité pour l'Autre jusqu'à la substitution - le pour l'autre du dévoilement, de la monstration à l'autre, virant en pour l'autre de la responsabilité - c'est en somme la thèse du présent ouvrage' ».