Extrait
Extrait de l'introduction :
Ma vie a traversé le siècle, puisque je suis né en 1910. J'y aurais attaché peu d'importance, si je n'avais pris conscience, très tardivement d'ailleurs, de ce qu'elle avait d'exemplaire. Comment et pourquoi le jeune juif alsacien que j'étais, fils d'un honnête petit commerçant, a-t-il été préparé à devenir quasi naturellement quelqu'un qui résiste et qui joue un rôle central dans le sauvetage des enfants ?
Je suis un fils de l'Alsace profondément français puisque j'ai grandi à l'ombre de la cathédrale de Strasbourg. J'ai connu deux guerres, l'une comme enfant de soldat portant l'uniforme autrichien, l'autre comme soldat français sur la ligne Maginot, fier d'appartenir à un régiment qui ne voulait pas se rendre. Prisonnier de guerre, mon évasion est un épisode peu banal qui m'a permis de rebondir pour m'engager dans la Résistance française, le réseau Bourgogne d'abord, puis la Résistance juive. À partir de l'année 1943, j'ai organisé à la demande de l'OSE (Oeuvre de Secours aux 1 infants) la principale filière de passages de groupes d'enfants vers la Suisse, dernier maillon d'un vaste circuit de sauvetage clandestin, le réseau Garel, qui permit de mettre à l'abri plusieurs milliers d'enfants. Je suis moi-même personnellement responsable du sauvetage de plus de 350 enfants.
Je suis également profondément juif, juif et sioniste, imprégné du judaïsme, de son histoire, de ses traditions qui m'ont été transmises par un petit mouvement de jeunesse sioniste, la Hatikva («l'espoir»), créé à Strasbourg par de jeunes Juifs allemands arrivés là après 1870, grâce à ma mère qui m'y a poussé dès mon plus jeune âge. Elle est la clé de mon engagement auprès du peuple juif qui luttait pour sa survie.
En 1947, j'ai participé à la réalisation de cette autre grande aventure, celle d'une utopie qui se réalise, la création de l'État d'Israël, engagé dans l'équipe de l'Aljah Beth (l'«immigration clandestine») qui monta l'opération de l'Exodus. Enfin, mon activité professionnelle comme directeur à Paris de la ZIM, première compagnie nationale israélienne de navigation, forte d'une centaine de cargos dont plusieurs ont été construits dans les chantiers navals français, mon engagement aux côtés du père Riquet pour développer les pèlerinages en Terre sainte montrent, s'il en est besoin, la féconde synthèse de toutes ces identités assumées et leur richesse pour tout le monde.
Ma vie a traversé le siècle, puisque je suis né en 1910. J'y aurais attaché peu d'importance, si je n'avais pris conscience, très tardivement d'ailleurs, de ce qu'elle avait d'exemplaire. Comment et pourquoi le jeune juif alsacien que j'étais, fils d'un honnête petit commerçant, a-t-il été préparé à devenir quasi naturellement quelqu'un qui résiste et qui joue un rôle central dans le sauvetage des enfants ?
Je suis un fils de l'Alsace profondément français puisque j'ai grandi à l'ombre de la cathédrale de Strasbourg. J'ai connu deux guerres, l'une comme enfant de soldat portant l'uniforme autrichien, l'autre comme soldat français sur la ligne Maginot, fier d'appartenir à un régiment qui ne voulait pas se rendre. Prisonnier de guerre, mon évasion est un épisode peu banal qui m'a permis de rebondir pour m'engager dans la Résistance française, le réseau Bourgogne d'abord, puis la Résistance juive. À partir de l'année 1943, j'ai organisé à la demande de l'OSE (Oeuvre de Secours aux 1 infants) la principale filière de passages de groupes d'enfants vers la Suisse, dernier maillon d'un vaste circuit de sauvetage clandestin, le réseau Garel, qui permit de mettre à l'abri plusieurs milliers d'enfants. Je suis moi-même personnellement responsable du sauvetage de plus de 350 enfants.
Je suis également profondément juif, juif et sioniste, imprégné du judaïsme, de son histoire, de ses traditions qui m'ont été transmises par un petit mouvement de jeunesse sioniste, la Hatikva («l'espoir»), créé à Strasbourg par de jeunes Juifs allemands arrivés là après 1870, grâce à ma mère qui m'y a poussé dès mon plus jeune âge. Elle est la clé de mon engagement auprès du peuple juif qui luttait pour sa survie.
En 1947, j'ai participé à la réalisation de cette autre grande aventure, celle d'une utopie qui se réalise, la création de l'État d'Israël, engagé dans l'équipe de l'Aljah Beth (l'«immigration clandestine») qui monta l'opération de l'Exodus. Enfin, mon activité professionnelle comme directeur à Paris de la ZIM, première compagnie nationale israélienne de navigation, forte d'une centaine de cargos dont plusieurs ont été construits dans les chantiers navals français, mon engagement aux côtés du père Riquet pour développer les pèlerinages en Terre sainte montrent, s'il en est besoin, la féconde synthèse de toutes ces identités assumées et leur richesse pour tout le monde.
Présentation de l'éditeur
Ce livre, fruit des entretiens entre un témoin et une historienne, offre le parcours remarquable d'un militant juif actif depuis l'entre-deux guerre jusqu'à nos jours. Depuis son enfance en Alsace, Georges Loinger est sensibilisé au danger que représentent pour la communauté juive les menées nazies au-delà du Rhin. C'est pour aguerrir la jeunesse aux épreuves qui se profilent qu'il s'investit dans l'éducation physique des futurs rabbins puis des étudiants de la toute jeune école Maïmonide à Paris. Prisonnier de guerre en 1940, il s'évade de son Stalag en Allemagne pour rejoindre sa femme confrontée à l'évacuation rapide de 123 enfants juifs venus d'Allemagne. Il se lance alors à corps perdu dans une autre aventure, celle de la résistance française dans le réseau Bourgogne.
