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4.0 étoiles sur 5
un bonheur de lecture inégal, 6 novembre 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Aux singuliers : Les excentriques des lettres (Broché)
Frédéric Martinez nous avait convié à une subtile ballade littéraire avec Toulet (« Prends garde à la douceur des choses »), au petit trot. Avec son dernier livre, c'est au galop des hussards qu'il nous entraine à travers cinq siècles de littérature. La méthode des tableautins, plus ou moins longs, est la même. L'évocation de trois figures du XVIe siècle finissant, Etienne Jodelle, Henri IV et François de Malherbe, est une réussite totale. L'auteur nous décrit admirablement un temps où la France portait des hommes mâles et non des coquefredouilles embéguinés, où les poètes délaissaient, le temps d'une guerre, la plume d'oie pour le pesant estramaçon, où les nouveaux argonautes (Cf. l'étonnant Malherbe érotique) partaient à la recherche de la toison d'or dans les bosquets et les alcôves, où les rois mouraient dans un tournoi ou poignardés par un illuminé. Un petit reproche : pourquoi certaines citations sont données dans un français modernisé et d'autres avec l'orthographe d'époque, il fallait choisir. Enfin, quand on intitule un chapitre « Et la mer et l'amour ont l'amer pour partage », il aurait été séant d'attribuer ce superbe ver à Pierre de Marbeuf, même s'il y a un illustre précédent avec Valery Larbaud et son « Beauté mon beau souci » emprunté à Malherbe, encore lui.
Suivent quelques pages consacrées à Toulet, dans l'esprit de son premier livre.
N'ayant aucune sympathie pour les errances et les errements d'Antonin Artaud, j'ai sauté ce chapitre.
Le lecteur est convié à une chaleureuse rencontre avec Gérard de Nerval, c'est émouvant, troublant, pathétique souvent, mais le lecteur familier du poète ne fera aucune découverte, tout se trouve déjà dans les nombreuses biographies et études consacrée à ce cher Gérard. J'ai toutefois appris, avec grand plaisir, qu'il possédait un tableau de Corot.
Quand Frédéric Martinez a voulu redonner vie au marquis de Bièvre, il devait souffrir d'une fièvre tierce ou d'un gros chagrin d'amour. C'est affligeant, ennuyeux, sans aucun intérêt ; cette tarte à la crème rance aurait pu être l'oeuvre d'un potache peu doué. L'auteur dévide inlassablement des chapelets de jeux de mots, de calembours, tous de son cru (pour rester dans l'esprit du texte).Un exemple pour éclairer le lecteur : « Ce n'est pas assez de la gloire Zazate ; encore faut-il tenir son rang d'oignons. » Pour écrire quarante pages du même fût, il fallait que Frédéric fût fort fourbu.
« André Malraux et la reine de Saba » est un petit bijou, c'est enlevé, rapide comme l'avion, un Farman 190, où trois hommes ont pris place pour survoler les déserts du Yémen, à la recherche du royaume de la reine de Saba. Nous sommes en 1934, les cartes sont peu fiables, les bédouins tirent sur l'avion, des pics montagneux surgissent du brouillard, la réserve de carburant sera-t-elle suffisante pour le retour ? Des tenues arabes ont été prévues en cas d'atterrissage forcé. L'auteur nous donne la clé de sa réussite : le dandy, le pilote et le mécanicien qui volent à 160 kilomètres par heure, ressortissent aux aventures de Tintin et d'Indiana Jones. On pense aussi à Blake et Mortimer dans « Le mystère de la grande pyramide », à cause du "Secret Intelligence Service" et des ocres-terre de Sienne des planches de Jacobs. « Le farfelu mirobolant » (comme Pol Vandromme appelait Malraux) et ses amis retrouveront-ils la cité perdue ?
La « Confession imaginaire d'Antoine Lycas », l'homme qui haïssait le Manneken- Pis, ne m'a pas bouleversé.
Le livre se termine par une évocation trop brève (quatre pages) du merveilleux Henry Jean-Marie Levet.
Il faut que Frédéric Martinez s'attaque incontinent à la grande étude sur Levet, qui fait cruellement défaut ; avec un tel poète comme compagnon de voyage, il pourra donner la pleine mesure de son immense talent.
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