Tout est dans le titre : il s'agit d'une aventure de l'équipe de 1959 des Avengers, une minisérie en 5 épisodes parus en 2011, écrite et illustrée par Howard Chaykin. Cette équipe prend la suite de celle qui est apparue la première fois dans la deuxième série des New Avengers (épisodes 7 à 13).
Les Avengers fêtent leur victoire autour d'un verre de champagne ; il y a Ulysses Bloodstone (Bloodstone), Sergei Kravinoff (Kraven), Aquaria Nautico Neptuna (Namora), Victor Creed (Sabretooth), Ernst Sablinova (Silver Sable) et Dominic Fortune. Nick Fury les félicite mais le ton monte et l'un d'eux en abat un autre d'une balle en pleine tête. Ailleurs Louise Mason joue les espionnes de charme en Latvérie et découvre l'emblème d'une bien curieuse société secrète. Nick Fury se fait attaquer en pleine rue. Un agent double passe un contrat avec le Wakanda. Les autres membres des Avengers sont également victimes de tentatives d'assassinat chacun de leur coté. Enfin Powell McTeague prend contact avec Fury et il a l'air d'en savoir long sur cette organisation secrète.
Marvel Comics essaye régulièrement de peupler le vingtième siècle de nouvelles générations oubliées de superhéros. Ça a été le cas avec une sorte d'équipe d'Avengers avant l'heure que furent les
Agents of Atlas également dans les années 1950. Les années 1930 (1932 pour être précis) ont vu apparaître rétrospectivement les
Mystery Men. Et J.M. Straczinsky avait déjà réintroduit une équipe de superhéros des années 1940 :
The Twelve.
En tant que fan d'Howard Chaykin il était impensable que je rate cette série. Toutefois j'avais quelques appréhensions dans la mesure où les créateurs inventifs perdent généralement beaucoup de leur originalité et de leur mordant quand ils écrivent pour Marvel. En effet ils doivent respecter les personnages et il est hors de question de les maltraiter ou de les railler. Dès les 2 premières scènes le lecteur est pleinement rassuré. Il y a ce verre de la victoire au cours duquel un des Avengers est abattu à bout portant par un autre, suite à une vive discussion. Chaykin marie l'ironie et le sarcasme avec une violence brutale et cynique. Les rapides cases de texte de la première page ne laissent planer aucun doute : Chaykin indique que cette équipe représente l'impérialisme américain dans toute sa splendeur, la certitude de ceux qui estiment que leurs valeurs morales sont supérieuresà toutes les autres, l'ingérence partout dans monde pour le seul et unique intérêt des États-Unis. Après cette entrée en matière noire et désabusée, les personnages se révèlent à l'identique. Chaykin ne surjoue pas le coté noir, il ne s'agit pas d'une histoire désespérée, mais aucun des héros (ni des méchants) ne sont des oies blanches. Victor Creed est dépeint comme un crétin fini, incapable de penser autrement qu'avec ses hormones. Kraven est un peu plus futé, mais tout aussi soupe au lait. Dominic Fortune (un personnage créé par Chaykin et ayant eu droit à sa minisérie MAX en 2009
It can happen here and now) a un caractère normal, mais un peu pourri par sa fortune financière. Donc finalement, Chaykin écorne l'image lisse de ces personnages (sans aller jusqu'à les maltraiter) en leur donnant des personnalités adultes d'individus ayant dû affronter la réalité et habitués à vivre avec les compromissions qui sont le lot des êtres humains, des êtres imparfaits. À ce titre Blonde Phantom (mère de famille) donne tout ce qu'elle a pour servir sa patrie (avec des dessous chics).
Évidemment le lecteur retrouve également le style graphique très personnel d'Howard Chaykin. Il y a déjà sa mise en page d'une efficacité remarquable : 4 cases par page, des cases tout en longueur souvent à l'horizontale, parfois à la verticale. Il y a également les visages marqués d'adultes habités par des expressions disgracieuses trahissant les sentiments veules et mesquins des individus, leur bêtise également. Et puis il y a le soin remarquable apporté à la conception de chaque élément. Les costumes sont choisis avec soin, cohérents avec les années 1950, et très élégants. Les décors ont également été choisi avec soin, à la fois pour l'ancrage qu'ils fournissent dans l'époque du récit, mais aussi pour leur richesse. Ce tome contient la reprographie de 4 pleines pages en noir & blanc en fin de volume. Elles permettent d'apprécier le niveau de détails qui provient de Chaykin, et ce qui est à attribuer à Jesus Aburtov, le metteur en couleurs. De manière inattendue, Chaykin assure toute la partie encrée, y compris les textures comme les briques d'un mur, ou le plancher d'un pont de bateau. Le coloriste hérite d'une tâche complexe puisque ses couleurs doivent rehausser les dessins, mais surtout en améliorer leur lisibilité en hiérarchisant les différents éléments.
"Avengers 1959" est une très bonne surprise en ce sens qu'Howard Chaykin a eu la latitude de conserver tout son humour sophistiqué et vachard, à la fois dans les dialogues et dans les dessins. Il est sûr que la forte personnalité de l'auteur transforme les personnages et les situations en une joute cynique, moqueuse, ironique, mais pas désespérée. Il s'agit d'une version plus adulte de l'humour de Keith Giffen dans
Justice League International. Ce mode narratif pourra rebuter certains lecteurs. Coté superhéros, il ne s'intéresse pas beaucoup aux superpouvoirs ou à savoir qui est le plus fort. Il préfère examiner les combats sous l'angle de celui qui est le plus macho, ou le plus bête (mention spéciale aux supercriminels nazis). Sur le plan de l'univers Marvel, Chaykin retrouve également Nick Fury (qu'il avait déjà dessiné dans
The Scorpio connection), et il raconte la naissance d'une organisation secrète criminelle : Hydra.