Attention : mon commentaire ne dit rien des qualités techniques de ce DVD (qui seront excellentes de toute manière) ni de son packaging, dont beaucoup se moquent royalement, mais expose fièrement le film du point de vue du fond ! Ce type de commentaire ayant aussi bien sa place ici que les autres...
Incroyable ! Moi qui ne suis pas fan de toutes ces productions Universal qui noient nos écrans d'adaptations issu des comics Marvel depuis maintenant une décennie, agacé en règle générale par tous les parti-pris commerciaux insupportablement racoleurs pensés pour racler dans le public le plus large (effets spéciaux dernier-cri condamnés à l'obsolescence dans un délai de deux ans, humour pour beauf en dessous de la ceinture, blagues pour les mioches et love story minable pour ne mas oublier les "girls"), j'ai enfin vu le spectacle grandiose, honnête et décomplexé que tout fan de comics rêvait de voir ! Quel équilibre ! Quel esprit ! Quel charisme !
"Avengers" peut se targuer de réconcilier la notion de blockbuster et de spectacle honorable qui respecte les fans : Humour ravageur et plein d'esprit, dialogues ciselés, personnages mis en avant, scénario basique mais dense, le tout enrobé d'un second degré constant, inévitable étant donné le matériel enfantin sur lequel il s'appuie. Franchement, ça fait plaisir !
Le film s'affirme pour ce qu'il est : un spectacle pour les grands gamins ayant grandi avec des histoires de super-héros. Il ne se prend jamais au sérieux et réussit à trouver le ton juste, sans chercher à péter plus haut que son col en prétextant maladroitement tel ou tel sous-texte, mais sans non plus racoler en détournant ses icones. Régressif ? Totalement, et fier de l'être ! Racoleur ? Pas du tout !
Joss Whedon, le créateur de
Buffy contre les vampires et le scénariste des comics
Astonishing X-Men, ne nous a pas fait l'affront de nous prendre pour des débiles ou autres zombies gavés aux popcorns ! Le background développé dans le film, qui trouve un juste équilibre entre la version classique des
Vengeurs et celle des modernes et irrévérencieux
Ultimates, réussit à saisir l'essence des comics desquels il s'inspire. Que ce soit dans le fond, avec cette histoire de "cube cosmique" convoité par le dieu asgardien "Loki", ou bien dans la forme, avec ces super-héros qui se tapent sur la gueule avant de discuter (voir cette branlée que se mettent Thor, Iron man et Hulk !!!), le fan ne se sentira jamais spolié !
Evidemment, tout n'est pas parfait. Le sel de l'intrigue, en définitive, n'est qu'un prétexte à défouler les forces en lice. Les acteurs (un casting de fou !) sont un peu écrasés par le charisme ravageur de Robert Downey jr. Ainsi, certains ont du mal à sortir leur épingle du jeu, en particulier ceux qui incarnent les personnages les moins forts, comme Chris Evans (et son costume grotesque !) ou Scarlett Johanson. C'est dommage pour le premier, qui avait réussi à nous émouvoir dans le très respectable
Captain America de 2011. La scène d'exposition qui le montre entrain de boxer des sacs de sable en se remémorant son passé est géniale, mais il ne retrouvera jamais cette intensité par la suite. J'aurais également préféré que les personnages se lient de manière aussi poignante que "Magneto" et "Xavier" dans le
X-Men : Le commencement de Matthew Vaughn, mais ce n'est pas le cas. La relation qui unit la "Veuve noire" à "¼il de faucon" tente bien d'installer une certaine densité, mais elle ne décolle jamais vraiment. Il faut dire que Whedon a mis beaucoup de choses dans son film, où l'on prend conscience qu'il a dû être bien difficile de faire exister autant de figures fortes, le tout lancé dans une série de combats homériques.
Car ils sont bien à la hauteur, ces combats, même si les méchants "Chitauris" (je ne sais pas comment ça s'écrit) qui déferlent sur un New York laminé, accusent rapidement une assez minable esthétique "jeu-vidéo". Mais enfin, contrairement aux adaptations précédentes, le climax n'est pas expédié en deux minutes !
La caractérisation de "Hulk", qui pour une fois ressemble à son acteur modélisé (Mark Ruffalo, aussi discret que charismatique, comme d'hab...) et non à un personnage de Tex Avery pas drôle, est également un peu bâclée. Il est énorme, dans tous les sens du terme (et drôle comme un Tex Avery...), mais ses motivations, qui changent au bon vouloir de l'intrigue, le réduisent un peu vite à l'état de comique troupier !
Bien évidemment, une telle adaptation, qui prend également ses sources dans l'ensemble des productions Marvel/Universal de ces dernières années (
Iron Man,
Hulk,
Thor), est restreinte à une tonalité un peu bâtarde, dans le sens où elle doit lier tous ces précédents opus (et toujours cette esthétique bling-bling qui fera hurler de rire les futures générations de spectateurs !). Il ne faut donc pas s'attendre à la dimension rétro et mélancolique du "Captain America" cité plus haut. Mettons-nous d'accord : il s'agit-là d'un spectacle de pur divertissement. Mais, une fois n'est pas coutume, et bien qu'on puisse indéfiniment lui reprocher diverses scories, il fait corps avec sa source.
Ainsi, à un film d'auteur racé et introspectif, à la dramaturgie vertigineuse du
Superman de Richard Donner (1978 !), Whedon et son équipe ont logiquement préféré un trip monstrueux, léger et fun, en forme d'hommage pour les fans, qui se retrouvent vengés de toutes ces adaptations foireuses auxquels ils ont été exposés depuis des lustres !
Qu'à cela ne tienne, "Avengers" est un spectacle total, généreux et respectueux de ses sources et de ses fans de cible (ne pas rater le caméo hilarant de Stan Lee !). Un scénario basique mais soigné, des scènes d'exposition qui sonnent juste, des dialogues truculents et une musique au diapason (Alan Silvestri, complètement dans son élément) achèvent de niveler le film vers le haut. Les geeks en ressortent grandis. La mythologie moderne est en marche, inutile d'y résister !