A un moment où à un autre de sa carrière, chaque géant du rock arrive à publier son album crépusculaire, son disque de la maturité où il désire se mettre à nu (concernant Iggy Pop, l'expression prête à sourire). Dylan a sorti "Time out of mind", Neil Young "Sleeps with angels", Lennon "Plastic Ono Band", Johnny Cash "American IV", des disques épurés, près de l'os. En 1999, c'est au tour du grand Iggy, père du punk et du hard-rock (qu'il inventa en 1969 à la tête des Stooges), de se dévoiler. "Avenue B" est un album sublime, qui met l'accent sur la confession et la rédemption, à travers des ballades désespérées qui font songer au Lou Reed des grands jours. Les premières plages du disque tutoient des sommets rarement égalés dans un album rock: écoutez la chanson titre, "Nazi girlfriend" et "Miss Argentina" pour vous en convaincre. Mais l'Iguane n'oublie pas pour autant ses racines, en exécutant des rocks énervés dont il a le secret, comme "Corruption" ou la reprise du fameux standard "Shakin all over", recréee ici avec une rage peu commune (la chanson apparaît également sur le live à Leeds des Who).
Cet album constitue bien évidemment le chef-d'oeuvre de la carrière solo d'Iggy Pop. On conseillera également les deux classiques écrits avec Bowie dans les années 70 :"The idiot", album précurseur de la new wave et "Lust for life" qui contient "The passenger", et son riff mille fois plagié... Pour être complet, citons enfin l'album "Brick by brick" (1990), disque efficace et homogène où Iggy Pop enchaîne les tubes avec bonheur...