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Avoir 30 ans en 1998 permet-il de jouir d'une situation plus confortable qu'en 1968 ? La croissance ralentie et la montée du chômage ont-elles, au contraire, dégradé la situation des enfants par rapport à leurs parents ? Les sociologues Christian Baudelot et Roger Establet se sont livrés à une comparaison fouillée du destin des deux générations. Pourquoi à 30 ans ? Parce que cet age constitue "une plaque sensible" où se stabilise le statut social des individus. À 30 ans, "les jeux sont quasiment faits".
Si le niveau de vie moyen a progressé, les conditions d'embauche et de salaires se sont dégradées et les enfants gagnent souvent moins que leurs parents au même âge. Les familles ont ainsi massivement investi dans l'éducation mais les espoirs ont parfois été déçus : 62 % des bacheliers en 1969 ont un statut de cadre contre un tiers des bacheliers en 1998. Le rendement social des diplômes a donc diminué, marginalisant encore plus les non-qualifiés, qui alternent chômage et emplois précaires. "Pour ceux-là, l'allongement de la jeunesse dont on a vanté les vertus culturelles n'est que du temps perdu." Les auteurs en concluent à l'urgence d'une réflexion sur l'insertion professionnelle de cette partie de la jeunesse. --Gery Dumoulin
Quatrième de couverture
Le cap des 30 ans est un excellent observatoire pour faire le point, à trente ans d'intervalle (1968-1998), sur l'évolution de la société française. Christian Baudelot et Roger Establet ont mobilisé toutes les ressources disponibles - scolarité, emploi, salaires, relations entre les générations - pour comparer ceux de nos concitoyens qui sont nés en 1938 avec ceux nés en 1968. Nous savions que nous avions changé. Imaginions-nous que nous avions changé à ce point ? Avant la " crise ", pendant les années de forte croissance, un équilibre dynamique prévaut. Le salaire d'embauche croît plus vite que le salaire moyen. A 30 ans, le fils gagne moins que son père mais beaucoup plus que son père ne gagnait à 30 ans. On croit au progrès ininterrompu de l'emploi et des qualifications. La " crise " venue, à partir de 1973, ce monde bascule. Au premier signe du chômage, les familles réagissent par un développement massif de l'investissement scolaire. Mais la prolongation à outrance de la scolarisation est loin d'engendrer tous les bienfaits qu'on lui a longtemps prêtés. Le niveau monte, les écarts se creusent. Le chômage des jeunes, dans une société moderne, atteint la morale sociale en son coeur. Un livre rigoureux. L'occasion de nous regarder en face.