Cela peinerait presque de penser à tous ces lecteurs qui passent leur chemin devant les rayonnages de science-fiction et ratent une telle pépite. On ne peut leur dénier la pertinence de juger avec dédain un certain nombre douvrages du genre sombrant dans une paralittérature désolante. Mais Aztechs est un épais recueil de longues nouvelles qui est à même de ravir nimporte qui, quelle que soit son obédience littéraire. Profond, dense, adulte, chaque récit prouve que Lucius Shepard nest pas un pisse-ligne de fanzine mais bien un auteur, un vrai, qui maîtrise la narration et la construction. Que ceux qui auraient encore une appréhension se rassurent, on ne parle pas ici de scaphandres de combat en hyperespace mais plutôt danticipation et/ou de fantastique. La nouvelle éponyme du recueil ouvre avec maestria un bouquin quil est difficile de lâcher. Dans un futur proche, trop proche, que se passe-t-il du mauvais côté de la frontière américano-mexicaine dans le cloaque socioéconomique entretenu par des politiciens corrompus et des consortiums sans foi ni loi quand un nouveau joueur sassoit à la table ? Le rocher aux crocodiles explore les contrées congolaises hantées par la malédiction de Mobutu qui aurait corrompu jusquà la terre même de son pays exsangue. Un récit résolument fantastique plus dans la veine du Horla que de Constantine alors que lÉternité et après se déroule intégralement dans une discothèque aux confins de la vie et de la mort où se retrouvent prisonniers des personnages qui attendaient trop peu de lexistence.
Non, décidément, Aztechs est un livre puissant mais exigeant. Les univers développés par Shepard ne demandent pas un attrait spécial pour le genre, mais une vraie ouverture desprit et une attention que nexige pas un Dan Brown.
Aztechs ne doit être emmené à la plage, il a sa place sur le guéridon à côté du fauteuil le plus confortable de la maison.