Difficile de choisir une « Fantastique » parmi les très - trop - nombreuses versions existantes. Quelle place aura alors celle de Paul Paray, à la discographie malingre, sur un label ignoré du « grand public » avec l'orchestre de Detroit et datant de 1959 ? Une des premières, bien sûr ! Audiophiles, devant vos enceintes ! Mélomanes musiciens, à vos partitions ! Amateurs à vos remises en question ! Tempi relevés, voire ultra rapides par moments, absence de pathos, vigueur rythmique, la fantastique de Paray abat les préjugés, lessive les oreilles, surprend, choque à chaque détour de mesure, à chaque combinaison de timbre. Ici, pas de métaphysique, pas de temps pour l'extase romantique, le rubato vibrant, le sentiment contemplatif, la valse salonarde, la marche au supplice et le sabbat descriptifs : ce qu'on perd en « expression » on le gagne en une modernité presque prémonitoire par rapport aux dernières versions revisitées par nos modernes (Boulez, Minkowski ou Norrington) et surtout plus convaincant. Le complément de programme est aussi au top, avec une marche hongroise sans vulgarité (merci monsieur Paray), une ouverture du Carnaval Romain ébouriffante. Prise de son superlative.