Charles Münch était un interprète privilégié de la musique de Berlioz, dont la "Symphonie Fantastique" était un cheval de bataille qu'il enregistra pas moins de sept fois avec les principaux orchestres qu'il eut à diriger.
Pour la RCA, il grava deux témoignages successifs avec le Symphonique de Boston, dont nous retrouvons ici le premier (et le meilleur...), capté en novembre 1954.
Münch avait une connaissance intime de la partition, ce qui ne l'empêchait guère de moduler imprévisiblement les phrasés, les accents, les couleurs, en fonction de son inspiration du moment, qui visait avant tout à faire vivre le texte plutôt qu'à lui être servilement fidèle.
Ses musiciens américains se souviennent que c'était toujours un événement de jouer l'oeuvre sous sa baguette, l'un deux le comparant même à un gladiateur descendant dans la fosse aux lions !
Les tempi sont toujours alertes, la tension ne se relâche jamais, le geste est tranchant, quoique plus sensuel que sous la direction acerbe de Markevitch.
Ma seule réserve concerne l'allure cursive de la procession du "Dies Irae", trop preste pour évoquer l'imagerie ironique et délétère que savent si bien restituer Paul Paray ou Willem Van Otterloo.
Hormis des cuivres qui manquent un peu d'éclat dans la fanfare de la "marche au supplice", la projection instrumentale est particulièrement vive et brillante.
Si vous voulez découvrir un Münch encore plus survolté, voyez la version avec le National de France, captée dans le feu d'un concert à Lisbonne (chez Auvidis).
En complément, la Scène d'amour de "Roméo et Juliette" nous rappelle quels envoûtants sortilèges le chef alsacien était enclin à faire naître de ses pupitres.