Le dernier Dantec s’ouvre sur un cocktail très Molotov de guerrilla high-tech et de géopolitique-fiction. Pour ceux qui n’ont pas lu les romans précédents, on y fait connaissance avec Toorop, mercenaire atypique, chargé par la suite “à l’aveugle” d’une mission “très spéciale”. Parmi les points forts du roman, on relèvera une évocation inquiétante des collusions diverses de la mafia russe et la peinture efficace de batailles (dé)rangées, “hard” et hautement fin de (XXe) siècle, entre divers groupuscules nord-américains (Hell’s Angels entre autres). Dantec parvient à tenir le lecteur en haleine un assez long moment, mais (dans mon cas) l’ennui aura fini par l’emporter. A trop vouloir “renouveler le genre” et prôner le “fractal” et le “non-linéaire” (Dantec a un goût immodéré pour le jargon branché (pseudo)scientifique) le risque est grand, faute de maîtrise et de discipline, de sombrer dans la confusion. Ainsi, on est loin dans Babylon Babies de l’impeccable trajectoire des “rivières pourpres” ou du “vol des cigognes” de J.C. Grangé – probablement Dantec, qui a des ambitions autrement littéraires, sera ravi d’échapper à la comparaison. De fait, c’est là où il se veut le plus original et novateur que Dantec échoue: sa schizophrène psychovirussée sur fond de cosmomessagerie ADN n’est pas crédible. J’ai eu le sentiment d’être lésé : avoir prêté mon attention pendant plusieurs centaines de pages pour en arriver là…A l’attention des internautes, je rappellerai que Dantec reprend à son compte une thèse audacieuse de Jeremy Narby (in “Le serpent cosmique – l’ADN et les racines du savoir”). Ex-ethnologue, Narby se base sur quelques prises d’Ayahuasca (un breuvage hallucinogène à base de DMT, très populaire dans certaines communautés sud-américaines) et sur ses propres interrogations devant le savoir-faire médicinal “incompréhensible” de certaines tribus amazoniennes (a priori dépourvues de connaissances pharmacologiques) pour développer l’ébauche d’une théorie assez invraisembable : les portions “inutiles” de l’ADN de nos cellules (‘junk DNA’) seraient en fait émettrices (?) de “biophotons” que notre esprit serait en mesure de capter (?) sous l’influence de drogues désinhibitrices telles que l’Ayahuasca (“la télévision de la forêt”). Cette ouverture temporaire des “portes de la perception” (chères à Huxley, Leary, McKenna et autres gourous LSD) permettrait à l’”experiencer” d’avoir accès aux archives du vivant, sur le “psycho-canal TV ADN”. Hmmmm…Si le propos de la fiction n’est pas de démontrer quoi que ce soit, Dantec n’apporte aucun vernis de crédibilité à ces spéculations débridées. Il semble néanmoins qu’il persiste et signe puisqu'il a annoncé que l’”ADN cosmique” sera un des pivots de son dernier roman “Liber Mundi”…