Le très prolixe duo Dessay/Haïm vient encore de frapper avec ce magnifique disque de cantates de Bach. Objectivement, j'admets qu'il s'agit de leur rencontre la plus aboutie.
J'avais écouté avec un certain intérêt leur Delirio il y a trois ans tout en regrettant la placidité de l'accompagnement et de la soprano tout en reconnaissant la présence d'un passage hors du temps : le "Per te lasciai la luce". Leur récent Triomphe du Temps et du Déshonneur était un cran au-dessus : l'accompagnement, magnifique, manquait un peu de théâtre, mais le casting, Dessay la première, émerveillait sans retenue.
Enfin, ce nouveau volet de leur fructueuse collaboration se place sous les meilleures auspices grâce à un accompagnement merveilleux de raffinement et de mobilité de la belle Emmanuelle. Dès les premières mesures, on est saisi de la clarté et de l'élan de l'accompagnement. La lisibilité des différents pupitres (avec des cordes plus belles que d'habitudes - surtout dans les BWV 82 et 199), la beauté des factures graves (violoncelle et contrebasses chantantes), merveilleux bois (hautbois, trompette et flûtes - un peu rauques mais éloquentes et sensuelles) offrent à la belle Natalie un écrin de premier choix, discret mais chaleureux. Sa voix n'a rien perdu de son expressivité, ni de son agilité. La longueur de sa voix, le contrôle faramineux de son souffle nous vaut l'une des berceuses (air II, BWV 82) les plus parfaites qui soient : par ses phrasés étirés à l'infini, et une voix ne dépassant jamais la nuance piano, elle parvient à concilier l'inconciliable : une très bonne intelligibilité du texte et une sensualité des phrasés, plus-value non négligeable. On reste suspendus dans la stratosphère sans jamais quitter notre petit nuage tant les entrelacements de la soliste et de l'orchestre nous touchent ! Un moment unique dans la discographie pourtant chargée de l'œuvre ! Le reste de cette cantate enthousiasme : l'accompagnement lascif et discret d'Haïm crée une atmosphère à la fois apaisée et recueillie, en parfait accord avec ce climat d'acceptation de la mort. Le premier air, dans une tonalité moins grave que d'habitude, n'en perd pas pour autant son intensité expressive, surtout que Dessay s'y montre si touchante ! Le finale, bien sage, palpite d'espoir grâce à la chanteuse même si l'aspect libéré manque. Un tempo plus vif aurait été plus adéquat. Enfin, on ne peut pas tout avoir !
La cantate BWV 51 est un bijou d'agilité dans ses parties extrêmes (quel Alleluja! pris à un tempo d'enfer avec les éblouissants trilles de Natalie), d'émotion simple et de soumission - à la loi divine pour acquérir la félicité - dans l'air lent. Le dosage de la trompette est excellent au sein de l'orchestre.
Enfin, la cantate BWV 199, la plus austère, ayant recours à un hautbois comme instrument solo bénéficie à nouveau d'un accompagnement superlatif. Les cordes graves sont belles et forment un tapis sonore d'une grande douceur, se mariant au timbre si exquisément sensuel de Dessay (constante dans cet album) La noblesse et le travail sur les mots du premier air compense la neutralité du second. Enfin, le dernier air palpite d'une joie contenue très touchante.
A noter l'osmose entre les deux femmes, leur travail sur les récitatifs, la bonne articulation du texte et le très bon allemand de Dessay, montrant le sérieux de ce projet et la qualité de la réalisation. Un grand BRAVO pour ces deux magnifiques artistes qui se sont trouvées et se méritent !