Cette version du clavier bien tempéré par richard egarr a une grande qualité qui peut être pour certain un défaut: elle est originale et personnelle. Elle est même tellement originale et travaillée que certains la trouveront un rien intellectuelle.
Ici il ne s'agit pas d'une enième interpretation magistrale ou contemplative de l'oeuvre de bach comme peter watchorn, il ne s'agit pas non plus de d'une interpretation misant tout sur le dynamisme, les contrastes et l'explosivité comme un pierre hantai nous l'a récemment proposé.
On pourrait presque dire de cette version qu'il s'agit d'une entreprise intellectuelle majeure de déconstruction à la manière de glenn gould (mais en plus calme) basée sur des alterations rythmiques et phrasés proche d'un style à la frescobaldi ou du style brisé francais ou frobergien.
Au premier abord, cette approche à la fois joueuse mais abstraite peut paraitre distante, mais on se prend au jeu et on decouvre un clavier bien tempéré extrêmement riche et finalement fidèle à l'esprit de bach.
En plus de la liberté maîtrisée et assumée de l'approche, finalement ce que je préfère c'est la capacité de l'interprète a soutenir la progression des fugues du début à la fin sans se perdre en confusion dans leurs méandres, ce qui est un défaut récurrent de bon nombres de versions du clavier bien tempéré, même les meilleures.
Richard Egarr en procédant par approches circulaires successives (ce qui peut paraitre artificiel au premier abord) parvient à insuffler une respiration et un espace de liberté qui sert à mettre en relief la progression dramatique de la fugue sans tomber dans la suffocation ou la confusion. C'est a se demander si les lignes circulaires qui décorent l'entête de l'oeuvre n'ont pas inspiré Richard Egarr dans son approche interprétative (en plus de révéler le tempérament que Bach utilisait probablement et utilisé ici pour cet enregistrement).
Concernant le clavecin (copie johannes ruckers 1638), il peut paraitre anachronique (pas tout a fait contemporain de l'oeuvre) mais convient trés bien au style interprétatif proche du début du baroque. Aussi, la pureté et la robustesse des clavecins ruckers conviennent bien à Bach en géneral.
Donc, si vous possédez déjà une version "classique" du clavier bien tempéré (pieter-jan belder en a fait récemment une très belle et très abordable) et si les aventures bachiennes engagées, intellectuelles et personnelles ne vous effraient pas, n'hésitez pas à vous procurer ce clavier bien tempéré pour redecouvrir cette oeuvre!