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La vie de Bach aujourd'hui, 23 février 2005
De tous les pianistes du XXe siècle, Gould est le représentant le plus insigne et le plus puissant d'une tradition qui rétablit Bach comme un maître du CLAVIER ayant donné aux problèmes expressifs et techniques de l'écriture polyphonique qui traversent le "Moyen-Âge", des réponses à la fois définitives (le contre-point ou la basse continue n'a plus guère évolué depuis) et universelles, tant du point de vue des médiums ou instruments capables de les supporter (clavier est une catégorie large), que des postures interprétatives auxquelles elles sont ouvertes. Rien dans les intentions de Bach ne semble en effet interdire de considérer et de mettre à exécution une interprétation d'une heure, à la guitare et au saxophone, d'une de ses fugues, qui durerait par ailleurs une minute trente au luthe ou au xylophone. Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'il est absolument faux de penser, comme certains pseudo-spécialistes l'affirment, que Bach ait été le premier à se soucier de la nature de l'instrument, des tempos et des sentiments (allègre, triste,etc.) à mettre à plusieurs de ses propres pièces qui ne comportent tout simplement pas, au détriment des pianistes en manque de maître à la main ferme, de précision sur ces matières. Les variations Goldberg représentent un cas d'espèce, de même que l'Art de la fugue et quantité d'autres exemples : la nature de l'instrument n'y est pas prescrite, et la partition ne comporte pas d'indication de tempo ni de phrasé qui n'ait été ajoutée de la main de générations ultérieures d'interpètes, comme auraient, semble-t-il, été ajoutées de main étrangère les quatre dernières sections du prélude No.1 du clavier bien tempéré. Le présent enregistrement des variations se distingue moins, comme la première version donnée par Gould en 1955, par une pyro-technique jubilant au faîte de la puissance et de la rapidité étourdissante, que par son caractère réfléchi, empreint de nostalgie et toujours reposant sur une extrême clarté dans la séparation et l'articulation des voix du contrepoint. Il s'agit selon moi du plus bel enregistrement de piano du XXe siècle, par sa qualité, son raffinement et sa magie ensorcellante, rarement atteinte par d'autre à sa suite. En particulier, la variation 25 est d'une beauté tragique sublime. Disons pour terminer qu'il y a clairement eu, dans l'histoire de la réception de l'oeuvre pour clavier de Bach, un avant et un après Gould, et dans l'intervalles, notre regard sur cette oeuvre s'est transformée pour le mieux. C'est à Gould, pour une part fondamentale, que revient le mérite d'avoir sorti des pièces du volume et de l'importance des variations Goldberg et du Clavier bien tempéré, du climat austère et de l'embourbement pédagogique dont elles étaient jusqu'alors prisonnières. Il a réinsufflé à l'oeuvre de Bach la vitalité et la puissance poétique qui est la sienne mais qu'un historicisme mal avisé avait étouffé ; considérant les intentions et l'ouverture présentées par Bach de son vivant à l'égard des avenues ouvertes devant ses oeuvres, celles-ci n'ont jamais été en meilleure état de santé qu'avec et depuis Gould.
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PENSIF ET TRES LENT, 17 septembre 2011
Surtout ne pas tomber dans les querelles soulevées par les commentaires précédents : c'est bien connu, Gould aurait dû chanter les V.G. s'accompagnant au clavier, la partition bien que non annotée a été composée pour le clavecin, ce qui interdirait toute autre convention instrumentale y compris le pipo, le biniou et la cornemuse, enfin et pour faire court, Bach n'est pas baroque mais un précurseur du classicisme voire du romantisme. Chacun prend ce qu'il veut ou, dans le meilleur des cas, ce qu'il peut. Surtout avec beaucoup d'humilité.... Comparaison n'est pas raison ; pour autant, ce sont bien 13 minutes qui séparent la version de 1955 de cet enregistrement de 1981 qui marque le grande sortie du génial Glenn Gould. Il l'avoue : " autrefois ce qui état capital pour moi, c'était la course rythmique précipitée, mais en vieillissant j'ai eu l'impression que de nombreuses interprétations étaient beaucoup trop rapides.... toute la musique qui m'intéresse est contrapuntique et (cette) musique exige tout bonnement un tempo lent, réfléchi". Ce qui dérangeait Gould dans sa première version c'était le manque de cohésion dans le façonnement général de l'oeuvre ; les 30 modifications du thème ne devaient pas représenter 30 miniatures autonomes dotées chacune d'un caractère et d'un mouvement propre, tel qu'il les avaient jouées en 55, mais les développements logiques, la croissance organique et enchevêtrée d'un seul et même matériau. Gould recherchait la "pulsation fondamentale" pas l'utilisation d'une même mesure qui se poursuit encore et encore, indéfiniment. Nombreux considèrent que cette seconde et ultime version en studio constitue le testament du pianiste canadien, la "fin ultime de la sagesse". Le "miracle" de 1955 ne se renouvelle pas de la même façon 25 ans plus tard ; on est plus dans le swing fascinant d'un jeu non legato, presque sans pédale, traitant de manière irrespectueuse et avec provocation cette partition mythique ; certains critiques les ayant alors baptisées, les variations "Gouldberg", donnat alors l'effet d'aérer une pièce fermée depuis des lustres. Pourtant ce jeu reste d'une virtuosité exceptionnelle qui met en évidence son intériorité et sa profondeur, l'extase. Les qualités de prises de son et d'enregistrement déclasse définitivement la version initiale.
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Lui.. mais pas que lui !!, 10 novembre 2009
Pour beaucoup de gens les "Goldberg" en particulier (et Bach en général) s'arrètent à Glenn Gould. Alors pour essayer de temporiser un peu, je pense que cet album est evidemment indispensable à connaître, que Gould y est au sommet de son art et que cette version sonne comme "définitive". L'hypocondriaque Gould savait-il à ce point qu'il était à la fin de sa vie ???. Les tempos (plus lents que dans sa version de 1955) permettent d'apprécier la complexité contrapunctique de l'oeuvre que peu de pianistes, en dépit de leur excellence, arrivent à maîtriser. Mais... ne vous arrêtez pas à cette version des "Goldberg". De nombreux pianistes (je ne parle ici que des versions "piano") ont enregistré des versions fort intéressantes (Andreas Schiff, Murray Perahia, Evgeny Koroliov, Andrei Gavrilov...) et il serait dommage de ne pas en découvrir quelques unes ne serait-ce que pour découvrir que l'approche de Gould est unique mais n'est pas exhaustive !
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