Ma seule réserve sur ce disque, qui enregistre en studio ce qui fut aussi le programme de beaux concerts, concerne la Fantaisie chromatique et fugue, encore un peu timide ; je dis « encore » bien que la maturité qui émane partout ailleurs de son jeu doive nous retenir de commentaires condescendants du genre « qui est promise à un bel avenir » : il n'y a pas lieu d'attendre un bel avenir, elle sait déjà ce qu'elle veut et elle peut déjà ce qu'elle veut ! Tout le reste du programme est magnifiquement interprété : le prélude de choral « Nun komm, der Heiden Heiland » est vraiment marquant, habité, profond. Dans la transcription du prélude et fugue, aucun cirque, aucune fausse pompe dominicale. Saint François marche sur les eaux avec une foi conquérante, le Sonnet de Pétrarque pétrarquise à ravir (et pourtant, il y a Lipatti), Méphisto nous emporte dans un tourbillon parfaitement contrôlé (et pourtant, il y a William Kapell). Un disque qu'on réécoute. Une artiste à suivre.